Suite à l’annexion de 1871, l’Alsace-Moselle adopte le Mark et le Pfennig, remplaçant le Franc. Cela explique pourquoi les prospecteurs de l’Est trouvent massivement des monnaies allemandes impériales et très peu de pièces françaises de la IIIe République.
La présence abondante de monnaies allemandes, notamment le 1 Pfennig, dans les sols de l’Est de la France résulte directement de l’histoire mouvementée de l’Alsace et de la Moselle entre 1870 et 1914. Cette période d’annexion, consécutive à la défaite française face à la Prusse, a imposé une modification radicale de la circulation monétaire, remplaçant progressivement le Franc par le Thaler puis le Mark. Comprendre ces mécanismes administratifs et politiques permet d’expliquer pourquoi les prospecteurs de ces régions exhument fréquemment des devises impériales tout en constatant l’absence notable de types français courants sous la IIIème République.
Les origines politiques et militaires de l’annexion
Le conflit franco-prussien déclenche le bouleversement monétaire qui touchera l’est du territoire français pendant près d’un demi-siècle. Le 10 juillet 1870, Napoléon III prend la décision de déclarer la guerre à la Confédération d’Allemagne du Nord. Cette initiative repose sur une préparation militaire insuffisante. L’armée française peine à mobiliser ses troupes sur un front pourtant étendu, allant de Thionville jusqu’à Bâle. Le nombre d’hommes disponibles reste faible face à un adversaire organisé.

La Prusse et ses alliés déploient une force de frappe bien supérieure. Ils parviennent à mobiliser trois fois plus de soldats que la France. Ces troupes bénéficient d’une préparation rigoureuse et d’une artillerie puissante qui feront rapidement la différence sur le terrain. L’impréparation française conduit à une série de revers militaires immédiats.
Un mois seulement après le début des hostilités, les forces impériales françaises ne comptent plus que 130 000 hommes valides. Les défaites s’enchaînent, illustrées par la bataille de Saint-Privat le 18 août 1870. Le sort de la guerre bascule définitivement lors du piège de Sedan le 1er septembre 1870. L’empereur, constatant l’écrasante supériorité de l’artillerie prussienne et l’inévitabilité de la défaite, choisit la capitulation.
La nouvelle du désastre provoque des bouleversements politiques majeurs à Lyon, Marseille et Paris. L’Empire chute et la République est proclamée. Malgré une tentative de résistance du gouvernement provisoire, l’armistice est signé en janvier 1871. Le Traité de Francfort, acté le 10 mai 1871, scelle le destin de la région. L’Alsace et la Moselle deviennent le Reichsland Elsaß-Lothringen, territoire impérial intégré à l’Empire allemand jusqu’en 1918.
Le système monétaire prussien s’impose dès 1870
L’occupation militaire s’accompagne immédiatement de l’introduction de la monnaie du vainqueur. Avant même l’annexion officielle, les autorités allemandes mettent en place des mesures pour intégrer économiquement les territoires conquis. Le Thaler, le silbergroschen et le pfenninge font leur apparition dans les échanges quotidiens des Alsaciens et des Mosellans.

Le gouverneur-général publie un arrêté le 8 novembre 1870 pour réguler cette nouvelle circulation. Ce texte fixe officiellement le taux de change entre la monnaie prussienne et la monnaie française. Les habitants et les commerçants doivent accepter les paiements selon une parité stricte.
Voici les règles de conversion imposées par l’occupant durant cette phase de transition :
- Un Thaler de Prusse vaut 3,75 francs.
- Un Franc français s’échange contre 8 silbergroschen.
Cette cohabitation monétaire se durcit rapidement. Une seconde loi, promulguée le 7 janvier 1872, vise à éliminer la concurrence du papier-monnaie français. Le paiement en billets non allemands devient interdit. Cette mesure force la population à utiliser les liquidités de l’Empire pour les transactions courantes, réduisant drastiquement la masse monétaire française en circulation.
Le système prussien en vigueur entre 1821 et 1873 repose sur des subdivisions complexes. Le Thaler constitue l’unité principale. Il se divise en 30 silbergroschen. Chaque silbergroschen se divise lui-même en 12 pfenninge, ce qui signifie qu’un Thaler équivaut à 360 pfenninge. D’autres divisions circulent également, comme les pièces de 1/6 de Thaler.
L’unification monétaire par le Mark à partir de 1876
L’Empire allemand rationalise son système économique quelques années après l’annexion. La réforme monétaire vise à simplifier les échanges et à unifier la devise sur l’ensemble du territoire impérial, y compris dans le Reichsland. À compter du 1er janvier 1876, le Thaler disparaît officiellement au profit du Mark (souvent désigné comme GoldMark).
Cette nouvelle unité devient la seule monnaie officielle. Le Mark se subdivise en Pfennig, abandonnant les anciennes dénominations complexes du système prussien précédent. Cette standardisation facilite le commerce au sein de l’Empire mais isole davantage l’Alsace-Moselle du système français.
Les autorités allemandes orchestrent la disparition complète des espèces françaises métalliques. Dès le 1er octobre 1875, les pièces d’argent et de bronze françaises perdent leur cours légal. Elles ne peuvent plus être utilisées pour les paiements dans le territoire annexé. Le taux de change final pour cette opération de retrait est fixé à 100 Francs pour 80 Mark.

Cette période de stabilité du Mark dure jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale. Ce n’est qu’après 1918, lorsque l’Alsace et la Moselle redeviennent françaises, que la situation s’inverse. Le gouvernement français réintroduit le Franc et démonétise le Mark. Le taux de conversion retenu pour ce retour à la normalité est de 1,25 Franc pour 1 Mark.
Tableau comparatif des systèmes en circulation
La compréhension des trouvailles numismatiques en Alsace-Moselle nécessite de visualiser les équivalences entre les différentes monnaies ayant circulé ou cohabité.
| Période | Monnaie Principale | Subdivisions / Équivalences | Statut en Alsace-Moselle |
| Avant 1871 | Franc | Centimes | Monnaie nationale officielle. |
| 1871 – 1875 | Thaler (Prusse) | 1 Thaler = 30 Silbergroschen<br>1 Thaler = 360 Pfenninge | Circule parallèlement au Franc (1 Thaler = 3,75 F). |
| 1876 – 1918 | Mark (Empire) | 1 Mark = 100 Pfennig | Monnaie unique officielle. Franc démonétisé. |
| Après 1918 | Franc | Centimes | Réintroduction. Échange : 1 Mark = 1,25 F. |
Les conséquences pour la détection de loisir dans l’est de la France

L’histoire politique dicte le contenu des sols prospectés aujourd’hui. Pour un utilisateur de détecteur de métaux opérant en Alsace ou en Moselle, la période d’annexion crée une anomalie statistique par rapport au reste du territoire national. La pièce de 1 Pfennig est une découverte aussi banale que peut l’être un double tournois ou une 10 centimes Napoléon IIIdans d’autres régions.
Cette prédominance du monnayage impérial allemand a pour corollaire une absence marquée de certaines monnaies françaises emblématiques. Les pièces de type Cérès, émises sous la IIIème République, sont quasiment introuvables dans les départements annexés. Leur circulation ayant été interdite avant leur diffusion massive, elles n’ont jamais eu l’occasion d’être perdues en grand nombre dans les champs alsaciens et mosellans.
Le même constat s’applique aux premières pièces de 1 Franc Semeuse en argent. De même, les centimes de type Daniel-Dupuis sont exhumés en quantité bien moindre que sur le reste du sol français. Ces types monétaires correspondent précisément à la période où le Mark régnait en maître absolu sur le Reichsland. Le prospecteur local doit donc adapter ses attentes : il trouvera une histoire métallique germanique là où ses homologues de l’intérieur trouvent l’histoire de la IIIème République.














