Parmi les 250 000 détectoristes estimés en France, une question demeure : où sont-ils passés et comment pratiquent-ils leur passion ? Loin de l’image réductrice de “pilleurs”, 98 % des pratiquants sont des amoureux de l’histoire et de la nature, animés par une véritable passion. Pourtant, la législation encadrant l’utilisation des détecteurs de métaux est souvent méconnue ou mal comprise, créant une situation ambigüe et des tensions. Cet article vous explique les points de friction et les pistes de collaboration pour permettre à chacun d’apporter sa pierre à l’édifice de la connaissance, en toute conformité.
- Malgré l’absence d’interdiction formelle, la législation française exige une autorisation préfectorale pour prospecter sur des sites archéologiques potentiels (tous les 500 mètres en moyenne), une démarche souvent contournée, créant des tensions.
- La crainte des représailles administratives pousse les prospecteurs à ne pas déclarer leurs découvertes, entraînant une perte d’informations précieuses pour les historiens et archéologues, malgré une passion commune.
- Promouvoir les collaborations locales déjà existantes entre prospecteurs et 15 des 22 DRAC peut aider à combler les lacunes dans la connaissance de notre histoire.
- Le “prospecteur du dimanche” peut contribuer positivement en respectant des règles simples : reboucher les trous, éviter les sites répertoriés, noter les découvertes et ne pas fuir face aux autorités.

Mais où sont donc passés les prospecteurs du temps présent ?
On peut évaluer le nombre de prospecteurs, débutants ou confirmés, à environ 250 000 personnes, compte tenu des estimations qui ont été faites d’après les ventes de détecteurs de métaux de tous calibres. En réalité, on peut affirmer que la plupart de ces outils électromagnétiques dorment profondément, au fin fond des placards. Pour preuve, combien d’entre vous ont déjà rencontré, au détour d’un chemin forestier ou dans un champ, un adepte de notre poêle à frire ! C’est à se demander où et quand prospectent nos chers collègues “détectoristes“.
Une situation ambigüe qui provoque bon nombre de tensions “alternatives”
Bien loin du stéréotype de “professionnels du pillage” vivant de leurs butins, 98 % des prospecteurs font, de la détection, un agréable passe-temps. Or aucune loi très officielle de la république, laquelle est une et indivisible, n’interdit ni ne permet ce comportement pourtant fréquent. En France, on dénombre statistiquement la réalité ou potentialité d’un site archéologique tous les 500 mètres. Or pour prospecter sur un tel lieu, il est impératif d’obtenir au préalable une autorisation préfectorale, accordée il est vrai au cas par cas, ce qui montre bien que, sur l’entièreté du territoire français, la détection n’est théoriquement pas possible sans une autorisation dûment argumentée, signée et voire contresignée.
En réalité, beaucoup d’entre-nous partent “poêler” sans cette autorisation accordée parcimonieusement par les instances compétentes. Mais on pourra noter cependant qu’en l’absence de tels documents, nous n’établissons pas de “faux papiers” ! Bref, l’administration tolère ces parties de “chasse” sans permis, mais il est néanmoins prévisible de se retrouver nez à nez avec quelque gendarme, garde-chasse, ou archéologue, faisant, du zèle, un comportement nécessaire et parfois obligatoire. Que voulez-vous, force doit rester à la loi ! Or la situation se corse dès qu’un heureux veinard trouve un trésor, puisque l’événement fortuit n’existe pas, dès lors que l’inventeur, selon les lois françaises, utilise un détecteur de métaux.
2000 ans après J.C. (non Jésus Christ, mais Jules César), c’est de nouveau la Guerre des Gaules !
Je disais donc que 98 % des prospecteurs pratiquent la détection en loisir, hormis donc certains aigrefins, pilleurs de tombes antiques, de ruines, n’hésitant pas à utiliser pelleteuse et autres engins de terrassement, sur les champs de paysans, et ce bien sûr nuitamment. Donc hormis ces pillards attirés uniquement par l’appât du gain, la grande majorité des simples “fouilleurs” ne sont, en toute liberté, que des amoureux de l’histoire et de la nature, l’une et l’autre étant liées par la découverte d’anciens objets. La détection est donc pour ce public-là, tout comme pour moi, une véritable passion : une détente permettant de s’aérer, tout en pratiquant la culture, qu’elle soit physique ou intellectuelle.
Or il nous arrive à tous, bien souvent sans le savoir, de trouver des objets susceptibles d’intéresser l’historien ou l’archéologue. Cependant, par peur des foudres administratives en représailles, nous n’en déclarons aucun, ce qui entraîne évidemment une perte certaine d’informations pertinentes. On comprend aisément alors que les rapports entre archéologues et prospecteurs ne sont pas toujours au beau fixe. Et pourtant ! nous sommes concrètement animés par la même passion !
RÉFLEXION “hors fouille” !

Voici une nouvelle rubrique où notre équipe fera feu de tout bois, “primo” en commentant quelques sujets brûlants et relatifs à l’actualité de la prospection, “deuzio” en répondant aux questions légitimes de nos fidèles lecteurs.
RESPECTONS : LA LOI 89-900 ET L’ARTICLE 542 DU CODE DU PATRIMOINE
ART. L542 : Nul ne peut utiliser du matériel permettant la détection d’objets métalliques, à l’effet de recherches de monuments et d’objets pouvant intéresser la préhistoire, l’histoire, l’art ou l’archéologie, sans avoir, au préalable, obtenu une autorisation administrative délivrée en fonction de la qualification du demandeur ainsi que de la nature et des modalités de la recherche.
Travailler main dans la main… une utopie ?
En dignes héritiers des Gaulois, nous persistons dans nos querelles de tribus, chacun campant sur ses positions. Chaque clan avance les mêmes arguments polémiques alimentant un débat stérile depuis un grand nombre d’années. Ne serait-il pas temps de tous s’asseoir à la même table et de discuter, entre gens bien élevés ?
Nous avons tous à apprendre les uns des autres. Les prospecteurs ne sont pas des pilleurs, mais des gens comme vous et moi, attendant… pour déclarer leurs trouvailles et ainsi combler des lacunes évidentes dans la connaissance de la vie de nos ancêtres tout au long de l’histoire locale, comtale, ducale, royale, et maintenant nationale… ne serait-ce qu’un geste d’ouverture provenant des agents ayant “voix au chapitre” de l’Archéologie officielle et administrative.
Comment faire avancer les choses, sans les culbuter ?

Il existe néanmoins beaucoup de points positifs. N’oublions pas, tout de même, que 15 Directions Régionales des Activités Culturelles (DRAC), sur 22 décomptées en France, collaborent régulièrement, ou épisodiquement, avec des prospecteurs. Il faut donc absolument promouvoir ces collaborations locales, que nous tentons de mettre en avant dans notre magazine. Cependant, il n’est pas donné à tout un chacun de pouvoir nouer des contacts fréquents et privilégiés avec les instances archéologiques locales…
Comment le “prospecteur du dimanche” peut-il alors apporter sa pierre à l’édifice ?
C’est en suivant de simples règles au quotidien qu’il pourra contribuer à la renommée de la gent des “fouilleurs” :
- Reboucher les trous !
- Ne pas détecter sur des sites répertoriés !
- Noter l’endroit d’éventuelles découvertes intéressantes !
- Ne pas fuir en voyant un agent de l’ONF ! etc…
















