Cette monnaie de 12 grammes, pour un diamètre de 28 millimètres, fut frappée à Rome sous Caligula (37-41 après J.-C.). Elle arbore un beau portrait haut en relief et rehaussé d’une patine verte.
L’avers représente Germanicus, tête nue à gauche. On peut y lire la légende : “GERMANICVS CAESAR TI AVGVST F DIVI AVG N“, ce qui se traduit par “Germanicus Caesar Tiberius Augustus Filius Divi Augusti Nostri“, ou plus simplement “Germanicus César Tibère Auguste, fils de notre divin Auguste“.
La légende du revers est : “C CAESAR AVG GERMANICVS PON M TR POT“. Sa traduction est : “Caius Caesar Augustus Germanicus, Pontifex Maximus Tribunicia Potestate“, signifiant “Caius César Auguste Germanicus, Grand Pontife revêtu de la puissance tribunitienne“. À cette légende s’ajoutent, au centre du revers, les initiales S C pour “Senatus Consulto“, c’est-à-dire “Par décret du Sénat“.
Le récit de la découverte

Suite aux renseignements d’un agriculteur qui nous a gentiment autorisé à arpenter son champ, nous avons fait au moins une bonne centaine d’allers et retours sur un sol détrempé. Or, ne trouvant rien de rien, je décide de stopper là ces pérégrinations car je commence à me les geler… les pieds évidemment !
Quand, tout à coup, mon fin limier de détecteur à l’affût se met alors à aboyer. L’animal de métal, en bon chien d’arrêt, m’indique l’endroit où gît le gibier. Je me mets à creuser, pensant sortir de terre quelque balle de fusil. Et voici que la trouvaille, garnie de terre grasse, émerge d’une motte. La curiosité avivée par la froidure du temps qu’il fait m’entraîne à frotter délicatement l’objet.
Miracle ! C’est une superbe monnaie romaine ! Je saute de joie, puis la montre à Jean-Claude, mon partenaire, qui n’en revient pas. Un grand merci à lui, car il m’a tout appris de la détection !
Qui fut Germanicus ?
L’histoire de cette monnaie est passionnante, elle nous plonge dans les intrigues de la Rome antique au tout début de l’Empire. Alors, qui fut Germanicus ?
Fils de Néron Drusus et d’Antonia, il est né à Rome vers l’an 16 av. J.-C. Il était le neveu et fils adoptif de Tibère et avait épousé Agrippine, petite-fille d’Auguste. Dès sa jeunesse, Auguste lui confia des commandements importants en Dalmatie et en Pannonie, et l’éleva au consulat en l’an 12 après J.-C.

À la mort d’Auguste, en 14 après J.-C., Germanicus eut à réprimer une révolte terrible des légions de Germanie, qui voulaient le promouvoir empereur. Il repoussa ce titre avec indignation et fit rentrer dans le rang les soldats indisciplinés. Néanmoins, Tibère vit dès ce moment en lui un rival dangereux.
Chargé peu après de la guerre contre les Germains, Germanicus battit Arminius, leur chef, en l’an 16 après J.-C., reprit les aigles de Varus, et se couvrit de gloire par des exploits qui lui valurent son surnom. Tibère, jaloux de ses succès, le rappela à Rome, puis l’envoya en Orient.
Après avoir apaisé des troubles en Arménie et donné un roi à ce pays, Germanicus eut une altercation avec Pison, gouverneur de Syrie et confident intime de Tibère, qui s’était plu à l’insulter. Il le chassa de sa province, mais en l’an 19 après J.-C., ce grand général, âgé de 34 ans, fut emporté par une maladie aiguë. Pendant son agonie, il témoigna qu’il se croyait empoisonné et excita ses amis à le venger. Agrippine, sa veuve, porta ses cendres en Italie et accusa Pison, qui échappa au supplice en se donnant la mort.
Germanicus réunissait toutes les vertus et tous les talents : il était adoré partout pour sa bonté, sa générosité et sa justice. Possédant les dons de l’esprit comme ceux du cœur, il s’était livré avec succès à l’étude de l’éloquence et de la poésie. Caligula, une fois au pouvoir, frappa monnaie au nom de son père afin de légitimer sa propre accession à la pourpre impériale.
Analyse des légendes du revers de la monnaie

S C (Senatus Consulto) : “Par décret du Sénat”
Cette abréviation se trouve sur les bronzes du Haut Empire car le Sénat était responsable de la frappe de ces monnaies, l’or et l’argent étant sous la responsabilité de l’empereur.
TR POT (Tribunicia Potestas) : Puissance Tribunitienne
C’est l’ensemble des prérogatives détenues par les tribuns de la plèbe, anciens représentants des classes pauvres, que les empereurs se sont attribuées afin de concentrer tous les pouvoirs entre leurs mains. Le magistrat qui bafouait la puissance tribunitienne était passible de mort.
PON M (Pontifex Maximus) : Grand Pontife
Les pontifes formaient à Rome un collège qui se renouvelait par cooptation. Fondé par Numa Pompilius, deuxième roi de Rome, cette assemblée comportait à l’origine 6 membres patriciens. Les pontifes n’étaient pas des prêtres mais des experts en droit sacré. Ils s’occupaient du calendrier (jours fastes et néfastes), des consécrations, des expirations et des rites funéraires. À l’origine, le roi présidait ce collège. Plus tard, ce fut le Grand Pontife, tantôt élu par le collège lui-même, tantôt par les comices, puis par le Sénat. Élu à vie, le Grand Pontife contrôlait l’ensemble de la religion. Ses fonctions lui assuraient une certaine autorité, c’est pourquoi, depuis Auguste jusqu’à Gratien, tous les empereurs furent aussi Grands Pontifes.















