Tonio & Massimo, deux prospecteurs suisses, nous racontent comment ils ont découvert un artefact daté de plus de 3500 ans qui apporte un éclairage nouveau sur la protohistoire.
C’est brillant, c’est jaune !
Tout a commencé le samedi 7 octobre 2017 au matin. Mon camarade de sortie de détection m’appelle pour me demander si je voulais l’accompagner en prospection dans les champs de Prêles dans le Canton de Berne où il a obtenu l’autorisation de l’agriculteur.
Je vais donc le chercher comme convenu vers 13h30 à son domicile, puis nous nous dirigeons sur Prêles qui est à environ ¾ d’heure de route. Tout au long de notre parcours, nous avons pour habitude de nous demander ou d’imaginer quelles pourraient être nos fabuleuses découvertes dans ces champs, bien qu’au final ce soient souvent beaucoup de détritus.
Arrivés sur place, on prépare le matériel et on commence à détecter. Ces champs se situent entre une rue bordée de maisons individuelles au nord et la forêt au sud, avec une superbe vue sur les Alpes bernoises en toile de fond.

Quelques trouvailles habituelles… et puis !
Quelques trouvailles tombent dans notre escarcelle comme une jolie boucle médiévale, un bouton en plomb orné d’une spire sur son dessus, un vieux clou forgé, une pièce de 20 centimes 1960, bref les découvertes habituelles que l’on peut s’attendre à trouver dans nos champs.
Au bout d’une vingtaine de minutes, mon camarade me rejoint et me dit : « J’ai trouvé quelque chose qui ressemble à de l’or, viens voir ! »
Je lui réponds : « Tu te moques de moi ! C’est une blague ! De l’or ici ? C’est sûrement une cannette de bière qui a été prise dans la charrue et peut-être enroulée autour de quelque chose. »
Il me rétorque : « Mais non, c’est brillant, c’est jaune ! »
Je l’accompagne jusqu’au trou d’une vingtaine de centimètres qu’il a creusé, me baisse et y regarde de plus près. Il faut s’imaginer la situation : nous sommes en octobre, la terre est particulièrement humide et colle de toute part sur cet objet mystérieux qui gît dans le fond de ce trou. Cela ressemblait à un morceau de cuivre ou bronze corrodé avec en périphérie une feuille dorée, comme déchirée, et donc très difficile à identifier.
Je propose de sortir cet objet pour voir de quoi il en retourne ; mon camarade me demande si je veux bien l’exhumer car il est plutôt maladroit avec la pelle et ne veut pas l’endommager. Je m’exécute avec une attention particulière car si cela devait s’avérer avoir un intérêt archéologique ou historique, je ne souhaite surtout pas l’abimer.

J’élargis donc le trou initial. Après 45 minutes, j’arrive au niveau de l’objet. Apparaît alors une forme qui ressemble à celle d’une main en bronze ornée d’un bracelet en or finement décoré de motifs concentriques. Mais de quoi s’agit-il donc ?
Que faire avec cet objet ? Un choix crucial
Plusieurs options s’offrent à nous :
Option 1 : Laisser l’objet en terre et appeler le service d’archéologie en expliquant que cette dernière aurait pu être détruite par un passage de la charrue. Dans la région, il y a beaucoup de prospecteurs qui recherchent des météorites. Elle pourrait donc tomber dans des mains moins scrupuleuses et serait perdue à jamais.
Option 2 : Le trou est fait, sauvons ce qui peut l’être. J’en prends l’entière responsabilité et on verra bien quand on l’apportera au Service d’Archéologie de Berne.
J’opte pour cette solution.
À cet objet qui ressemble à une main de statue, il manque des doigts dont le pouce qui semble cassé ; mon camarade repasse le disque au-dessus du trou pour voir s’ils sont encore en terre quand le détecteur sonne à nouveau. En y regardant de plus près dans l’empreinte laissée par la main, on peut y distinguer des morceaux que j’extrais avec la plus grande délicatesse. Trois doigts sont sauvés, mais il manque toujours le pouce. Je prends mon détecteur et vérifie sur le côté gauche du trou et cela sonne encore. Allons-nous avoir la main complète ??

C’est encore plus énorme qu’on le pensait !
Je dégage légèrement la partie gauche, et là, stupéfaction car j’y trouve une dague en bronze et un fragment d’os dans la terre dégagée. Là je dis stop, on arrête tout ! On est sûrement sur une tombe. C’est aux archéologues de continuer.
Je peux vous assurer que l’on ressent une drôle d’impression quand on trouve un os dans une motte. On rebouche soigneusement notre trou et on le repère d’une grosse pierre calcaire trouvée à proximité. Je vais chercher mon GPS et prends note des coordonnées. J’effectue une prise de vue avec mon drone du champ dans lequel a été faite cette découverte afin de documenter et mieux situer cela pour le service d’archéologie.
Le week-end achevé, dès le lundi 9 octobre, je téléphone au service d’archéologie pour demander un entretien urgent afin de remettre notre découverte entre de bonnes mains. On me rétorque que l’on ne peut pas me recevoir comme cela et qu’il faut d’abord envoyer des photos de cette découverte avant d’obtenir un rendez-vous. Je m’exécute en envoyant un mail contenant les photos de ladite découverte. Le service me rappelle dans l’après-midi pour un rendez-vous le lendemain, mardi 10 octobre à 14h00.
Le mardi 10 octobre 2017 à 14h00, les objets sont remis au service d’archéologie cantonal ; notre devoir de déclaration a été accompli selon le code civil Suisse et la loi cantonale sur le patrimoine.

Des archéologues méprisants à notre égard…
Nous avons été reçus par le Service d’archéologie de manière choquante car la première réaction de ce service a été de nous traiter comme des délinquants ; d’emblée il nous a été reproché d’avoir perturbé un site d’importance potentiellement archéologique.
Je rappelle que nous étions sur un terrain privé, travaillé par des agriculteurs qui nous ont donné l’autorisation de détecter.
En même temps, ce service se montrait particulièrement surpris et à la fois sceptique quant à la réalité de la découverte et du lieu de cette dernière. Au lieu de se réjouir de la découverte survenue, ces fonctionnaires se sont montrés hautains, suffisants et bêtement accusateurs, au lieu de s’occuper réellement de la découverte et de la protection de son environnement.
Il faut savoir que le lieu de la découverte n’a pas fait l’objet de protection technique (barrière, tente, surveillance…) et cela durant 8 mois ! Cette découverte a sûrement été ébruitée dans le village et des personnes mal intentionnées sont revenues prospecter les lieux ensuite. C’est bien dommage car peut-être des objets y ont été dérobés ; ça on ne le saura jamais.
Bien heureusement, lors des fouilles officielles du service d’archéologie au mois de mai 2018, d’autres objets ont pu être exhumés ainsi que des ossements qui nous ont appris qu’il s’agissait d’une tombe peut-être familiale qui contenait 3 squelettes : un homme, une femme et un enfant.
Cette découverte exceptionnelle a réécrit l’histoire de la région mais aussi de l’Europe car elle est pour le moment unique. Cette découverte a été datée à 1500-1400 ans avant J-C au carbone 14. Avant cette dernière, on pensait que les premiers européens avaient maîtrisé la technique du bronze coulé plusieurs siècles plus tard ! Ceci est d’autant plus étonnant qu’une main est un objet plutôt complexe à couler…
Si vous tombez sur ce genre de trouvaille, remettez la dans la terre, prenez les coordonnées, marquez l’endroit et appelez le Service d’archéologie sans parler de détecteur de métaux !
Un grand coup de main à la connaissance historique…
« Nous n’avons jamais vu quelque chose comme ça. Nous n’étions pas sûrs que cela soit authentique ou non, ou même de ce que c’était, » « À la connaissance des spécialistes suisses, allemands et français, on n’a jamais trouvé de sculpture comparable datant de l’Âge du bronze en Europe centrale. La main de Prêles est à ce jour la pièce en bronze la plus ancienne figurant une partie du corps humain. C’est donc un objet unique et remarquable », assure Andrea Schaer, responsable du Département d’Histoire Ancienne et d’Archéologie romaine du Service d’Archéologie de Berne.
Grâce au coup de main de Massimo et Tonio, la connaissance archéologique a donc fait un grand pas en avant. Les habitants pourront admirer cet artefact majeur qu’est la main de Prêles puisqu’elle sera exposée au Nouveau Musée Bienne du 18 septembre au 14 octobre 2018.
Sans nos 2 compères, elle continuerait à se détériorer sous terre…
…récompensé par un coup de pied aux fesses !
Plutôt que de remercier Massimo et Tonio, le service archéologique du Canton de Berne a décidé de porter plainte contre eux. Non, vous ne rêvez pas !

Le chef du Service archéologique du canton de Berne, Adriano Boschetti, explique sur le site RTN que vu que la main a été bougée, des informations ont été perdues (la main était-elle posée sur la tombe ou à côté de la tombe etc…). Il explique également ne pas pouvoir définir ce qu’est la « détection de loisir » et à partir de quelle profondeur elle commence ou s’arrête…Il a l’air un peu perdu ce bon vieil Adriano. Il est certain qu’il eut mieux valu que la main soit détruite par les engrais, coups de charrues que sortie du sol. Et quid du reste de la fouille ?
Massimo et Tonio, dès qu’ils ont compris qu’ils étaient sur une tombe, et donc sur un site pouvant intéresser l’histoire ou l’archéologie, ont tout de suite arrêté de détecter et les archéologues ont été prévenus. C’est la preuve de leur bonne foi et de leur éthique indiscutable.
Une fouille a été menée… 8 mois plus tard, tout le temps pour des pillards de rincer la zone. Bravo Adriano, belle gestion de cette découverte ! C’est facile après cette boulette de chercher un bouc émissaire en la personne de l’inventeur !
Adriano, on va se tutoyer : quel signal envoies-tu là à tous ceux qui voudraient respecter la loi, faire leur devoir et déclarer une « belle » découverte ? On sait tous que ce qui te gêne c’est le mot « détecteur ». Massimo l’a expliqué, les archéologues ont été méprisants dès que ce mot a été prononcé. Il est vrai que dans les communiqués des services archéologiques il n’était pas fait mention d’un détecteur de métaux, objet du diable pour toi… Des prospecteurs (comprenez des barbares qui ne sont pas issus du sérail archéologique) qui déclarent et sont utiles, certains archéologues ne veulent pas en entendre parler. Comme quoi l’obscurantisme n’a hélas pas de frontières… Tu vois Adriano, ici nous ne sommes pas sectaires, et si tu veux débattre avec nous ou obtenir un droit de réponse, tu n’as qu’à contacter notre rédaction car on aimerait vraiment savoir ce que tu penses de tout cela. Oseras-tu persister et signer ?
Le chef du Service archéologique du canton de Berne a renvoyé les journalistes de RTN au Ministère public de Moutier, qui est en charge du dossier. Le procureur Raphaël Arn confirme avoir reçu une plainte pénale qu’il est en train de traiter. Il ajoute que cette affaire est complexe et demande une instruction. « Toute la question est de savoir dans quelles conditions sont faites des fouilles et qui a le droit de les faire », conclut le procureur.
L’Happah aurait-elle une succursale en Helvétie ?
Après les premiers communiqués de presse relatant cette affaire, nos habituels hurluberlus de l’Happah se sont empressés de déverser leur haine inventant je ne sais quelle histoire selon laquelle la main avait été trouvée par une mineure et de conclure leur réponse par un pathétique « Donc oui, que la Suisse interdise la “détection de loisir” et son patrimoine n’en sera que mieux protégé. ». Comme quoi la bêtise elle aussi n’a pas de frontière…
Imaginez-vous un médecin qui refuserait d’utiliser les rayons X pour dépister un cancer, préférant tâter à la main les tumeurs. Cela paraîtrait impensable. Cela se révélerait surtout condamnable moralement et pénalement. Pourtant c’est bien ce que prônent nos détracteurs, et cela a été théorisé sous le nom de « matériel gris » par les suppôts de l’Happah, Lecroere en tête. (cf n° précédent).
Heureusement tous les archéologues en Helvétie ne sont pas « comme ça » et certains cantons comme la Thurgovie collaborent avec les prospecteurs. Massimo l’explique en vidéo ici :
Massimo et Tonio ne vont pas se laisser faire et envisagent eux aussi de porter plainte contre le service archéologique de Berne. On sera là pour les aider et médiatiser la tournure odieuse que prend cette affaire ! Ils peuvent compter sur le soutien du maire de la commune de Plateau de Diesse, Raymond Troehler, qui regrette que l’un des auteurs de la découverte soit visé par la justice. Il rappelle que la région attire de nombreux chercheurs de météorites et non des pilleurs.
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