Plus de 8 000 pièces d’argent ottomanes : c’est le bilan spectaculaire d’une sortie avec un détecteur de métaux dans le județ d’Argeș. Dissimulée sous terre depuis le règne de Mustafa III, cette fortune dormait dans quatre urnes, attendant de livrer le récit d’une époque de troubles en Roumanie.
Une fortune ottomane du 18ème siècle refait surface en Roumanie
Une découverte fortuite dans une forêt du județ d’Argeș, en Roumanie, a mis au jour un ensemble monétaire exceptionnel, offrant un aperçu fascinant d’une époque de troubles. Deux passionnés d’histoire ont exhumé quatre urnes en terre cuite contenant ce que les experts estiment être entre 8 000 et 10 000 pièces ottomanes.


Ce lot, dissimulé il y a plus de trois siècles, a probablement été enterré à la hâte pour le soustraire aux pillages durant une période de conflits intenses qui secouaient la région, alors sous influence de l’Empire Ottoman. La trouvaille, faite près de la localité de Ștefănești, ne se résume pas à sa quantité impressionnante : elle raconte une histoire de richesse, de peur et de survie.
Les récipients, dont plusieurs sont restés intacts, ont parfaitement conservé leur contenu, protégeant ces témoins métalliques des aléas du temps. Cette mise au jour spectaculaire a immédiatement mobilisé la communauté des historiens et archéologues, impatients d’analyser ce patrimoine sorti de terre.
L’un des protagonistes de cette aventure n’est autre qu’une figure bien connue de la communauté des détectoristes en Roumanie, connu sous le pseudonyme de RO Detecting. Utilisateur de longue date d’un équipement spécialisé, le Garrett Vortex VX9, il a qualifié ce moment de “découverte de toute une vie”.
Son action a été largement saluée comme un exemple de passion et de responsabilité. En parfaite conformité avec la législation roumaine sur le patrimoine, il a immédiatement signalé sa trouvaille et a procédé à la remise de l’intégralité des artefacts aux autorités locales.


Cette démarche exemplaire, qui fait désormais les gros titres nationaux, illustre une approche respectueuse de l’histoire, où la satisfaction de la découverte prime sur la possession, un état d’esprit qui honore la discipline.
L’expertise des pièces révèle leur histoire et leur usage
Les premières analyses menées par des spécialistes, comme Andrei Baltag, chercheur à l’Institut d’archéologie de l’Académie roumaine de Iași, fournissent des indications précieuses sur l’origine des monnaies. Il s’agirait majoritairement de pièces de type kuruş, une unité monétaire ottomane équivalant à 40 parals.
Elles dateraient du XVIIIe siècle, couvrant les règnes des sultans Mustafa III (1757-1774) et potentiellement Abdülhamid Ier (1774-1789). Cette période correspond à une phase de tensions militaires, notamment les guerres russo-turques, qui ont profondément marqué les principautés roumaines de Valachie et de Moldavie. Le butin aurait donc pu être caché par un riche marchand, un collecteur d’impôts ou un boyard (noble local) cherchant à préserver ses actifs durant ces temps incertains.


Un détail particulièrement intéressant, relevé par l’historien Cosmin Rusu, est la présence de petits trous sur certaines pièces. Cette modification suggère qu’elles n’avaient pas uniquement une fonction monétaire. Elles étaient probablement transformées en ornements personnels ou en décorations, cousues sur des vêtements ou intégrées à des bijoux.
Cette double utilisation illustre la manière dont la monnaie pouvait dépasser son rôle économique pour devenir un symbole de statut social ou un élément d’apparat. L’un des inventeurs, Tiberius Davos, a partagé son émotion sur les réseaux sociaux, décrivant le moment comme une expérience unique, partageant des images des pichets lourds et remplis, qualifiant l’un d’eux de “boule d’or”. La joie de la découverte, a-t-il précisé, restera sienne, même après la remise du butin aux institutions compétentes.
Le cadre légal et la récompense des inventeurs
En Roumanie, la découverte de biens culturels est strictement encadrée par la loi. La loi n° 182/2000 relative à la protection du patrimoine culturel national mobilier définit clairement la procédure à suivre. Toute personne effectuant une découverte archéologique fortuite est tenue de la déclarer et de la remettre au maire de la commune concernée dans un délai de 72 heures.


Le maire doit ensuite informer le service déconcentré du Ministère de la Culture, qui assure la prise en charge, la conservation et l’étude des objets. Cette démarche civique est encouragée par un système de récompense. Les inventeurs qui respectent la procédure ont droit à une compensation financière de 30 % de la valeur du bien.
Pour les découvertes jugées d’une importance exceptionnelle, une prime supplémentaire pouvant aller jusqu’à 15 % de la valeur peut être accordée. La valeur marchande et historique est établie par des experts agréés par le Ministère de la Culture. L’État dispose ensuite d’un délai de 18 mois pour verser la somme due.
Si ce délai n’est pas respecté, les inventeurs peuvent engager une action en justice pour faire valoir leurs droits. Ce dispositif vise à la fois à protéger le patrimoine national en évitant que de tels artefacts ne disparaissent sur le marché noir et à gratifier les citoyens qui contribuent, par leur honnêteté, à l’enrichissement des collections publiques et à la connaissance historique du pays. Le butin de Ștefănești rejoindra donc bientôt un musée, où il sera étudié et, à terme, exposé au public.
















