Quand on a la chance de trouver une splendide monnaie, une question revient souvent : Quelle est donc la valeur de cette monnaie ? Il est impératif de l’évaluer par rapport au pouvoir d’achat de son époque de frappe.
L’approche de l’histoire pour les détectoristes
Oh, Oh ! Néness ! Regarde-moi donc cet anneau de rideau ? Ne serait-ce pas plutôt une de ces fameuses rouelles gauloises ? Et quand Totor s’en mêle, l’objet, d’usage inconnu, peut se transformer en un éblouissant miroir aux alouettes. Bref, comme disait ce bon Pépin des temps anciens, soyons sages afin de comprendre la finalité de ces beaux “traigneaux” (objets inutiles), comme on les nomme en pays de Morvan.

S’agissant des objets, le détectoriste débutant, qu’on nomme aussi “detect-man junior“, a tendance à réfléchir avec sa vision actuelle de la société, alors qu’il doit se plonger dans un passé lointain pour en connaître l’utilité. Quant aux monnaies, si les ouvrages de numismatique nous en indiquent la dénomination : double tournois, florette ou blanc guénar, leur valeur d’échange n’a pas reçu de cote très officielle.
Échelle des Coûts à l’Époque Romaine
Quelle fut l’échelle des coûts fixés pour quelques denrées à l’époque romaine ?
Le système monétaire romain
L’as représentait l’unité de compte :
- 1 sesterce (grand bronze) équivaut à 4 as
- 1 denier équivaut à 4 sesterces (16 as)
- 1 dupondius (moyen bronze) équivaut à deux as
- 1 semis (petit bronze) équivaut à la moitié d’un as
- 1 quadrans = un quart d’as
- 1 quinaire = 1 demi denier (8 as)
- 1 triens = 1 tiers de denier (5 as)
- 1 aureus (monnaie d’or) = 100 sesterces (400 as)
Le prix de la vie à Pompéi
Voici quelques exemples de prix à Pompéi :
Denrées alimentaires :
- Un modius (6,503 kg) de blé : 12 as
- Un modius de froment : 30 as
- Un modius de lupin : 3 as
- Une livre (0,328 kg) d’huile : 4 as
- Une mesure de vin ordinaire : 1 as
- Une mesure de vin de Salerne : 4 as
- Fromage : 1 as
- Huile : 3 as
- Vin : 3 as
- Pain : 8 as
- Oignons : 5 as
- Pain pour l’esclave : 4 as
- Semoule : 3 as
- Vin pour le domator (dompteur) : 16 as
- Vin de Xeres : 16 as
- Épeautre (ancêtre du blé) : 16 as
- Bubella (viande de porc) : 1 as
- Dattes : 1 as
- Encens : 1 as
- Boudin : 1 as
- Poireaux : 1 as
- Petit poisson pour le domator (dompteur) : 2 as
Vaisselle :
- Un pot à bouillie : 1 as
- Une assiette : 1 as
- Un petit godet pour boire : 2 as
- Un seau : 9 as
- Une lampe : 1 as
Vêtements :
- Une tunique : 15 sesterces
Animaux :
- Un mulet : 520 sesterces
Esclaves :
- Deux esclaves : 5048 sesterces
Autres coûts et salaires :
- 1 sesterce = 4,80 francs
- Une entrée aux bains publics : 1/4 d’as (gratuit pour les enfants)
- Un travailleur manuel touchait : 4 sesterces par jour (soit 480 Frs par mois).
Salaires des légionnaires et centurions

Un légionnaire gagnait un peu plus de 4 sesterces par jour, soit 400 francs par mois, logé et nourri. Un “colonel“, ou tribun, avait une solde de 60 000 sesterces par an, soit 24 000 francs par mois. Le salaire mensuel d’un centurion (responsable de 100 légionnaires) était de 250 sesterces au Ier siècle, et de 500 sesterces au IIIe siècle.
Le centurion d’une légion devait accomplir 16 années de service, contre 20 ans de service pour le centurion des cohortes urbaines. La retraite était perçue en une seule fois et représentait 3 000 deniers. Au IIe siècle, la solde journalière d’un soldat était de trois as, et de 6 as pour le centurion, sans compter les butins de prise, car chaque soldat touchait une part en fonction de son grade.
Au début du IIe siècle, un denier d’argent valait 4 sesterces et un sesterce valait 4 as. À la fin du IIIe siècle, un sesterce valait 2 as et demi et un denier valait 10 as. Au début du IVe siècle, une livre de poisson frais coûtait 24 deniers, alors qu’une livre de bœuf en valait huit.
Selon une étude sérieuse, on pense qu’au IIe siècle un sesterce valait 4 de nos francs actuels. En 153 après J.C., 8,7 kg de blé valaient 4 sesterces en Italie, et 2,5 sesterces en Égypte. L’amphore de vin (26,25 l) de vin ordinaire valait 60 sesterces (240 Frs) soit 9,15 Frs/litre. Autour de Naples et Pompéi, grande région de production, le vin coûtait de 1,82 à 7,31 Frs le litre. Le kilo de viande de bœuf s’échangeait entre 12 et 24 sesterces (de 48 à 96 Frs), et le kilo d’agneau 44 sesterces, soit 176 Francs. Les tarifs ont été volontairement exprimés en francs.
L’étymologie des termes financiers
Les mots “capital“, “pécunier“, “salaire” nous sont familiers, en ces temps de capitalisme débridé agissant sur une société dite de consommation. On les utilise en général au cours d’une transaction financière.
L’étymologie du mot “capital” a pour origine le substantif latin “caput“, qui signifie tête. Et le capital matérialisait ainsi le nombre de têtes de moutons à échanger. “Pécunier” vient de “pecunia” désignant la fortune qui résultait de la vente du bétail, lui-même nommé “pecus“, et “salaire” vient de “sal“, ou sel, qui servait lors des échanges.
L’apparition de la monnaie
La monnaie apparut sans aucun doute après le troc, pour résoudre un problème de taille, à savoir l’échange des marchandises de forte valeur, sans être obligé d’apporter un équivalent fort encombrant, par exemple 500 peaux de bêtes. Les premiers échanges ont été faits avec des matières premières. Ainsi à Chypre (du grec kupros qui signifie tout à la fois “peau de chèvre” et “cuivre”), on échangeait des peaux de chèvres et de bœuf. Puis on se servit de “lingots” de cuivre, aplatis en forme de peau (vers -2500). Il est curieux de constater qu’en Laponie un même mot désigne aussi bien la “peau” que la “monnaie”.
À Carthage, les premières monnaies furent des rondelles de cuir… découpées dans des peaux, et aux premiers temps de la Rome antique, les lingots de bronze servant de monnaie étaient estampillés d’un bœuf !
L’évolution des monnaies et des économies
De l’Antiquité tardive au Moyen Âge
Créé au début du IVe siècle par l’empereur Constantin, le Solidus d’or se voulait une monnaie solide. Elle se divisait en semisis (demi sous), tiers de sou (tremisis ou triens). Malgré la rareté de cette monnaie, les rois faisaient d’énormes transactions. Grégoire de Tours, au VIIe siècle, indique une dizaine de montants de l’ordre de 700 à 50 000 sous et même 100 solidi. Ces sommes sont énormes par rapport aux trésors monétaires découverts (quelques dizaines de monnaies).
Du fait de la rareté du métal, les monnaies en or devinrent de plus en plus rares. Aussi, les marchands en revinrent-ils au troc de divers matériaux : métaux précieux (sous forme de lingots), bijoux, vaisselle, épices, fourrures, morceaux d’étoffe, chevaux, sel et méreaux.
L’argent étant plus abondant que l’or, le denier mérovingien revint en force, aidant ainsi au développement de l’économie en la rendant plus active. C’était une pièce rare. On connaissait au moins 7 trésors mérovingiens dont le plus gros était celui de Nice-Cimiez (3000 pièces).
Un peu plus tard (vers le Xe siècle), l’or d’Afrique du Nord, importé par les Arabes, fit son apparition en Espagne, tout d’abord, dans les Pyrénées, ensuite en Provence et en Languedoc. Cet afflux de métal précieux modifia l’économie locale jusqu’en Auvergne ou en Rouergue. Certains thésaurisaient le métal jaune en le transformant en objets d’orfèvrerie. Parfois, monnaies et objets ne réapparaissaient qu’un ou deux siècles plus tard.
En 1160, la découverte de mines d’argent en Saxe et de toute une série d’autres mines, en Italie, Sardaigne, Bohême, assura à l’Europe une abondance d’argent jusqu’en 1300.

Le système monétaire français médiéval
Le système monétaire français fut vraiment créé le 5 décembre 1360 quand le franc fut admis en tant que monnaie d’or pour remplacer la livre tournois.
En Normandie, un ouvrier qualifié touchait 2 sous tournois par jour en 1320-1340, puis quatre sous de 1340 à 1405, et 5 sous tournois de 1405 à 1520. Le manœuvre gagnait 1 sou en 1320-1340 et 2 sous 6 deniers tournois de 1340 à 1520. Les mêmes monnaies étaient frappées en France, de Charles VII à Henri II.
Le douzain de François Ier, qui valait 10 deniers tournois (d’où son nom), devint l’onzain, puis le douzain et le treizain. Apparaît une monnaie noire fort connue : le Liard, originaire du Dauphiné et valant 3 deniers tournois.
À Paris, les changeurs étaient situés près du Pont au Change. On en trouvait dans toutes les villes d’Europe et leur service se payait assez cher (15% de la somme changée). À la fin du XIVe siècle, une nourrice à domicile se payait 50 sous par mois, tandis qu’une femme, qui se chargeait de l’enfant chez elle, demandait 100 sous par an.

Sous Louis XIV (vers 1700)
Les salaires variaient d’une région à l’autre et contenaient parfois des prestations en nature, ce qui compliquait le travail des historiens pour évaluer le niveau de vie de l’époque.
Le système des valeurs monétaires n’avait pas changé :
- 1 livre = 1 franc = 20 sous
- 3 livres = 1 écu = 60 sous (sols tournois)
- 1 sol = 12 deniers tournois
- 1 liard = 3 deniers tournois
- 10 livres = 1 pistole
- 24 livres = 1 louis d’or
Quelques salaires journaliers ou annuels :
- Un compagnon : 8 à 20 sous par jour
- Un ouvrier vigneron : 12 sous par jour
- Un soldat : 5 sous par jour (auquel venaient se rajouter deux livres de pain, une de viande et une pinte de vin durant les marches)
- Un sergent : 10 sous par jour
- Un sous-lieutenant : 1000 livres par an
- Un colonel : 6000 livres par an
- Un aumônier privé au service d’une grande maison (logé nourri) : 200 livres par an
- Un cocher (logé nourri) : 100 livres par an
- Un laquais (logé et nourri) : 100 livres par an
Coût de la vie à la même époque :
- Une paire de sabots : 4 sous = 24 doubles tournois = 16 liards.
- Une maison de 2 pièces avec 2 portes, 2 fenêtres, 1 cheminée : 200 livres.
- Un repas dans une gargote : 5 sous = 30 doubles tournois = 20 liards.
- Une livre de sucre (500 grammes) : 14 livres soit presque un mois de travail d’ouvrier vigneron.
- Une livre de viande : 5 sous.
- L’entretien d’un cheval : 22 sous par jour.
- 4 bougies : 30 sous.
- Un pichet de vin de qualité moyenne : 4 sous la pinte.
- Un pain d’un kilo et demi : 3 sous.
Vers 1700 : Le système livre sol denier
Le système livre sol denier existait toujours :
- Une Livre valait 20 sols (soit 240 deniers).
- Un sol valait 12 deniers (soit 24 oboles).
- Une obole valait la moitié d’un denier.
- Une pite valait le quart d’un denier.
- Une semipite valait le huitième d’un denier.
En 1762, les conseillers du roi fixèrent l’évaluation du péage du pont de Couilly comme suit :
- Chevaux de somme, ânes, mulets : 6 deniers.
- Chariots et coches : 2 sols.
- Porcs, bêtes à cornes : 2 deniers.
- Charrettes servant de voitures publiques et carrosses chargés de biens = 1 sol ou 12 deniers tournois.
Cela confirme que la plupart des monnaies que l’on trouvait (denier, liard et sol) avaient un pouvoir d’achat limité et appartenaient au petit peuple.
















