Trop souvent, sur les sites de ventes numismatiques sur internet, nous trouvons des monnaies ainsi qualifiées : « rare dans cet état », « superbe monnaie », « jamais vu dans un état aussi beau »… À visualiser le cliché correspondant, il est fréquent que la déception soit au rendez-vous car la monnaie est en triste état. Ces qualificatifs sont pour nous abusifs ou innocents. Force est de constater que beaucoup de personnes n’ont pas de référence par rapport aux critères de qualité.
Je vous propose donc de vous montrer quelques monnaies en très bon état et ainsi de vous donner des repères pour vous permettre de juger de la qualité de vos précieuses monnaies.
Les états de conservation en numismatique
En numismatique, il existe des critères de description de l’état d’une pièce qui forment une échelle de gradation reconnue.

- ABC (Assez Bien Conservé)
- B (Beau)
- TB (Très Beau)
- TTB (Très Très Beau)
- SUP (Superbe)
- FDC (Fleur De Coin)
État ABC : monnaie dont quelques informations restent visibles. Ce qui permet l’identification du type (denier, double tournois, liard…). Ces monnaies ne sont pas dignes de rentrer dans une collection numismatique et doivent être, si possible, remplacées rapidement.
État B : monnaie dont environ 50 % de la pièce est lisible et dont le relief est très usé, lui donnant un aspect un peu “savonnette”. L’identification possible du type, voire du millésime, de l’atelier ou du règne est possible.
État TB : monnaie pour laquelle tout doit être lisible, mais avec une usure relative. La monnaie est complètement identifiable : atelier, type, millésime…
État TTB : monnaie qui possède tout son relief, avec de très légères traces de circulation, peu ou pas de trace d’oxydation et une belle patine. Tout est identifiable. Pour une pièce ayant peu circulé mais dont la mauvaise frappe à l’origine (frappe excentrée, flan court…) ne permet pas l’identification du millésime ou de l’atelier, la cote TTB ne peut lui être appliquée et ces défauts doivent être précisés.
État SUP : monnaie qui ne présente aucune trace de circulation et aucune trace d’oxydation. Les bords de la gravure doivent être nets et “tranchants”.
État FDC : monnaie qui a gardé son velours de frappe. La surface est irréprochable.
La réalité des monnaies de détection

Dans le domaine qui vous intéresse, la détection dans le sol, nous pouvons tout de suite éliminer les états SUP et FDC : ces appellations s’appliquent aux monnaies pour lesquelles aucun séjour dans le sol n’est permis. Seule une trouvaille en site protégé, comme dans un pot ou un autre contenant, peut vous donner des monnaies de qualité SUP.
En règle générale, les monnaies de cuivre, qui sont oxydables, s’altèrent et se dégradent suite à leur séjour en terre. Les doubles et deniers tournois de cuivre circulèrent longtemps, notamment sous la période du roi Louis XIV, jusqu’à la fin de son règne. Des décrets ont ensuite démonétisé ces pièces et leur refonte fut utilisée pour la fabrication des liards. Le cuivre est par nature assez tendre, et la circulation intensive de ces monnaies a très souvent provoqué l’effacement de leur relief.
L’importance de la gravure et de la technique de frappe
Un autre critère a également beaucoup d’importance : la gravure. Dans certains ateliers, comme celui de Poitiers sousLouis XIII, la gravure est profonde, ce qui donne des pièces avec un grand relief, dont la circulation atténue moins l’illustration. Dans d’autres ateliers, le graveur taille ses traits faiblement ; à la frappe, nous avons un léger relief qui, en quelques années, s’efface.
Les critères de qualité seront plus ou moins faciles à appliquer selon que la monnaie aura été frappée au “marteau” ou au “moulin”.
La frappe au marteau (manuelle) est faite sur des flans découpés à la main, dont les lames ont été aplanies en martelant, ce qui rend l’épaisseur irrégulière. Les défauts des flans et cette frappe manuelle peuvent engendrer des manques de légende sur une monnaie, même neuve. Dans ce cas, pour une pièce en état TTB ou SUP, la discussion d’attribution des critères de qualité est ouverte.
La frappe au moulin (mécanique) utilise des flans issus de lames de cuivre passées au laminoir, puis découpées à l’emporte-pièce mécaniquement. Ils sont donc réguliers. La frappe est plus puissante, le relief est donc plus marqué et de grande qualité. Cette évolution technique se poursuivra jusqu’à la production des monnaies modernes, comme les 20 Francs Or Cérès de la Troisième République, où la régularité est la norme.
Un exemple de trouvaille exceptionnelle

Pour conclure, je vous présente un petit denier de 1617 R de Villeneuve (CGKL 498), cinquième exemplaire retrouvé, détecté dans le sud de la France par un de mes correspondants. La qualité de cette monnaie est remarquable. Elle fut perdue neuve et nous parvient après presque 400 ans dans le même état. Son état de conservation exceptionnel est explicable : elle se trouvait sous une pierre dans un sol calcaire. La pierre était sous un arbuste, donc cette monnaie était assez bien protégée. Je vous souhaite beaucoup de trouvailles de ce genre.















