Pièces de Louis XVI : Histoire, types et identification

In Monnaies
Double louis d'or au buste nu Poids officiel : 15,297 g, diamètre : 28 mm, tranche : fleuronnée, graveur : Duvivier. Cours légal de 48 livres tournois. Fabriqué suite à l'édit du 30 octobre 1785. Monnaie frappée de 1785 à 1792. Avers : LUD.XVI.D.G.FR ET NAV.REX. Tête nue du roi (Louis XVI). Revers : CHRS.REGN.VINC.IMPER (millésime) et (atelier de frappe). Ecus de France et de Navarre couronnés

Le monnayage de Louis XVI (1774-1793) illustre la fin de la monarchie absolue. Il évolue des types royaux classiques, comme le Louis d’or et l’Écu aux branches d’olivier, vers les pièces constitutionnelles « au Génie » de Dupré. Ce guide analyse les différents métaux, les réformes monétaires et liste les ateliers de frappe marquant la transition vers la République.

Contexte historique et politique du règne de Louis XVI

Louis XVI accède au trône en 1774, succédant à son grand-père Louis XV. Né à Versailles en 1754, il hérite d’un royaume riche mais dont l’État souffre de finances épuisées, aggravées par les dépenses de la cour et le coût des campagnes militaires. Le souverain tente initialement de mener des réformes inspirées par les Lumières. Il nomme Turgot aux finances, mais celui-ci est disgracié après avoir tenté de libéraliser le commerce des grains, une mesure impopulaire ayant conduit à des émeutes. La situation économique se détériore malgré les interventions successives de ministres comme Malesherbes ou Necker. Ce dernier, bien que populaire pour avoir financé la participation française à la guerre d’indépendance américaine, finit par être renvoyé pour avoir suggéré de limiter les pouvoirs parlementaires.

La crise financière s’accompagne d’une crise politique majeure. Le refus des privilégiés de se soumettre à l’impôt bloque toute tentative de redressement fiscal. L’Assemblée des notables convoquée en 1787 échoue à résoudre le problème. Face à l’impasse, le roi se résout à convoquer les États généraux en mai 1789. Cette décision marque le début d’un processus irréversible où la souveraineté nationale s’affirme face à l’autorité royale. La prise de la Bastille le 14 juillet 1789 et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en août de la même année redéfinissent totalement le cadre législatif et exécutif du pays.

Il n’est pas un monarque doué pour agir fermement, ni même pour conserver sa confiance à ceux qui pourraient agir en son nom

Ces événements tumultueux influencent directement la production monétaire. Les ateliers continuent de frapper monnaie au type royal traditionnel durant les premières années de la Révolution, mais la fuite du roi à Varennes en juin 1791 et son arrestation modifient la perception de la monarchie. La Constitution de 1791 instaure une monarchie constitutionnelle qui impose de nouveaux types monétaires. Le roi n’est plus “Roi de France et de Navarre” par la grâce de Dieu, mais “Roi des Français” par la loi constitutionnelle. L’exécution de Louis XVI le 21 janvier 1793 place de la Révolution met un terme définitif à ce monnayage, laissant place aux émissions républicaines.

Le monnayage de cuivre et de billon pour les échanges quotidiens

La circulation monétaire du peuple sous l’Ancien Régime repose principalement sur des espèces de faible valeur en cuivre ou en billon. Dès son avènement, Louis XVI poursuit la frappe de ces divisions nécessaires au petit commerce, conformément à la déclaration de 1774. Le Liard à l’écu, d’une valeur de 3 deniers tournois, constitue l’une des pièces les plus courantes. Frappé entre 1777 et 1791, ce module pèse officiellement 3,058 grammes pour un diamètre de 22 millimètres. L’avers présente la tête nue du roi tournée vers la droite avec la légende latine “LUDOV.XVI.D.GRATIA”, tandis que le revers affiche “FRANC.ET.NAVARR.REX” entourant l’atelier et le millésime. Une variante spécifique, dite de Béarn, existe pour l’année 1785, intégrant les armoiries locales dans la titulature.

1/2 sol à l'écu du Béarn Poids officiel : 6,117 g, diamètre : 25 mm, tranche : lisse, graveur : Duvivier. Cours légal de 6 deniers tournois. Fabriqué suite à la déclaration de 1774. Frappé en 1785 et 1786. Avers : LUDOV.XVI.D.GRATIA. Tête nue de Louis XVI. Revers : FRANCIÆ ET (lettre d'atelier) NAVARRÆ REX (D et B liés) + (millésime).

Le système se complète par des valeurs supérieures comme le demi-sol et le Sol à l’écu. Le Sol, valant 12 deniers, pèse environ 12,235 grammes pour un diamètre de 28 millimètres. Cette pièce, gravée par Benjamin Duvivier, reprend l’esthétique du liard mais sur un flan plus large. Sa production s’étend de 1777 à 1791. Comme pour le liard, des frappes spécifiques pour le Béarn (ateliers de Pau ou Morlaàs identifiés par une vache ou les lettres correspondantes) ont lieu, notamment entre 1779 et 1791. Ces pièces de cuivre jouent un rôle social majeur, car elles permettent l’achat de denrées de base comme le pain, dont le prix fluctuant est souvent à l’origine de troubles sociaux.

La transition vers la période révolutionnaire voit la modification de ces espèces de bronze. En 1791, une réforme introduit de nouveaux types gravés par Dupré pour les 3 et 6 deniers, ou Duvivier pour les 12 deniers. Ces nouvelles monnaies, frappées en cuivre ou parfois en métal de cloche (issu de la fonte des cloches d’églises nationalisées), portent des légendes en français. On note l’apparition de variantes orthographiques intéressantes : certaines pièces portent la mention “FRANÇAIS” tandis que d’autres conservent la graphie ancienne “FRANÇOIS”. Le revers abandonne les armoiries royales au profit d’un faisceau de licteur orné d’une pique coiffée d’un bonnet phrygien, entouré d’une couronne de chêne et de la devise “LA NATION LA LOI LE ROI”.

Les grands modules d’argent et les espèces d’or

Le prestige de la monarchie s’exprime avant tout à travers les métaux nobles. L’argent, métal de référence pour les transactions importantes, est dominé par l’Écu aux branches d’olivier. Ce module imposant de 29,488 grammes et 41 millimètres de diamètre possède une valeur libératoire de 6 livres tournois. Frappé de 1774 à 1792, il porte sur sa tranche la devise “DOMINE SALVUM FAC REGEM” (Seigneur, sauvez le roi). L’avers illustre le buste du roi, tandis que le revers présente l’écu de France couronné, accosté de deux branches d’olivier. Cette pièce connaît de nombreuses subdivisions : le demi-écu, le cinquième d’écu (24 sols), le dixième (12 sols) et le vingtième d’écu (6 sols).

Concernant l’or, deux types principaux se succèdent. Le premier, frappé de 1774 à 1785, est le Louis d’or au buste habillé. Le roi y est représenté en buste, portant le cordon et la plaque de l’Ordre du Saint-Esprit. Le revers montre deux écus ovales de France et de Navarre couronnés. En 1785, sous l’impulsion de Calonne qui tente une réforme monétaire pour ajuster le ratio or/argent, un nouveau type apparaît : le Louis d’or au buste nu, gravé par Duvivier. Cette pièce de 24 livres tournois présente une effigie du roi sans drapé, la tête nue, avec un revers aux écus carrés accolés.

Double louis d'or au buste nu Poids officiel : 15,297 g, diamètre : 28 mm, tranche : fleuronnée, graveur : Duvivier. Cours légal de 48 livres tournois. Fabriqué suite à l'édit du 30 octobre 1785. Monnaie frappée de 1785 à 1792. Avers : LUD.XVI.D.G.FR ET NAV.REX. Tête nue du roi (Louis XVI). Revers : CHRS.REGN.VINC.IMPER (millésime) et (atelier de frappe). Ecus de France et de Navarre couronnés

Voici les caractéristiques principales des espèces d’or :

  • Louis d’or au buste habillé (1774-1785) :Poids théorique de 8,158 g, diamètre de 24 mm. Tranche chaînée.
  • Double Louis d’or au buste habillé : Poids de 16,316 g, diamètre de 28-29 mm.
  • Louis d’or au buste nu (1785-1792) : Poids abaissé à 7,649 g (environ), diamètre 24 mm.
  • Double Louis d’or au buste nu : Poids de 15,297 g, diamètre de 28 mm.

Ces monnaies continuent de circuler pendant les premières années de la Révolution, cohabitant avec les assignats dont la dépréciation rapide encourage la thésaurisation des espèces métalliques par la population.

La période constitutionnelle et le génie de Dupré

L’année 1791 marque une rupture sémiotique dans l’histoire numismatique française. Suite à la Constitution civile du clergé et à la tentative de fuite du roi, l’Assemblée nationale constituante ordonne la création de nouveaux types monétaires qui doivent refléter la nouvelle répartition des pouvoirs. Le concours lancé pour ces nouvelles empreintes est remporté par Augustin Dupré pour les espèces d’or et d’argent. C’est la naissance du type “Au Génie”, une allégorie puissante qui remplacera durablement les symboles féodaux.

Sur ces nouvelles pièces, notamment l’Écu de 6 livres et le Louis d’or de 24 livres, le portrait de Louis XVI est conservé à l’avers, mais son titre change radicalement. La légende latine disparaît au profit de “LOUIS XVI ROI DES FRANÇOIS” (ou FRANÇAIS). Ce changement sémantique indique que le roi tient son pouvoir du peuple et non plus d’un droit divin territorial. Le roi n’est plus propriétaire du royaume, il est le premier fonctionnaire de la nation.

Le revers de ces monnaies constitutionnelles est encore plus explicite politiquement. Il représente le Génie ailé de la France gravant le mot “CONSTITUTION” sur une table de la Loi posée sur un autel. À ses côtés figurent un coq, symbole de vigilance, et un faisceau de licteur. La devise circulaire proclame “RÈGNE DE LA LOI”. Cette iconographie place la loi au-dessus du monarque. L’an de liberté (par exemple “L’AN 4 DE LA LIBERTÉ”) est souvent inscrit à l’exergue, instaurant un nouveau repère temporel parallèle au calendrier grégorien. Ces pièces sont frappées principalement en 1792 et 1793, jusqu’à la chute définitive de la royauté.

Les émissions républicaines et l’effacement de la figure royale

Après la prise des Tuileries le 10 août 1792 et l’abolition de la royauté, la Convention nationale proclame la République. Il devient impératif de supprimer l’effigie du roi des monnaies, celle-ci étant devenue incompatible avec le nouveau régime. Cependant, l’inertie administrative et technique fait que des pièces à l’effigie de Louis XVI sont encore frappées au début de 1793, parfois même après son exécution en janvier.

La transition s’opère véritablement avec l’introduction des types purement républicains, notamment pour le cuivre. La série dite “à la balance” voit le jour en 1793. Le type, gravé par Dupré, remplace le portrait royal par une table des droits portant l’inscription “LES HOMMES SONT ÉGAUX DEVANT LA LOI”, surmontée d’un œil rayonnant et encadrée d’une grappe de raisin et d’une gerbe de blé, symboles d’abondance. La légende circulaire devient “RÉPUBLIQUE FRANÇOISE”.

Le revers de ces pièces de 1 sol et 2 sols met en scène une balance, symbole d’équité, coiffée d’un bonnet phrygien. La devise “LIBERTÉ ÉGALITÉ” s’inscrit sur le pourtour. La datation adopte parfois le calendrier républicain (An II), bien que le millésime grégorien (1793, 1794) persiste sur certaines émissions. Ces monnaies marquent la fin définitive du cycle iconographique de Louis XVI. Le métal de cloche est abondamment utilisé pour ces frappes, donnant souvent aux pièces un aspect plus grisâtre ou jaune pâle que le cuivre pur.

Organisation des ateliers monétaires

La production monétaire sous Louis XVI est décentralisée à travers le royaume pour assurer l’approvisionnement en numéraire de toutes les provinces. Chaque atelier possède une lettre distinctive qui permet d’identifier le lieu de frappe précis d’une pièce. Cette marque figure généralement au revers de la pièce. Il est primordial de connaître ces codes pour l’identification correcte des monnaies de cette période.

Liste des principaux ateliers actifs entre 1774 et 1793 :

Lettre d’atelierVillePériode d’activité principale sous Louis XVI
AParis1774-1792
AAMetz1775-1791
BRouen1775-1791
BBStrasbourg1775-1786, 1790-1792
DLyon1775-1792
HLa Rochelle1775-1791
ILimoges1775-1791
KBordeaux1775-1791
LBayonne1775-1791
MToulouse1775-1792
MAMarseille1787-1791
NMontpellier1775-1791
QPerpignan1775-1791
ROrléans1775-1791
TNantes1775-1791
WLille1775-1792
VachePau1775-1791

Certains ateliers ont des périodes d’activité interrompues ou réduites. Par exemple, l’atelier d’Aix (marqué &) ne frappe que de 1775 à 1786. Les graveurs généraux jouent également un rôle central dans l’uniformisation des coins. Duvivier occupe cette charge durant la majeure partie du règne, avant d’être concurrencé puis remplacé par Dupré lors de la Révolution. Les différents directeurs d’ateliers et graveurs particuliers apposent aussi leurs “différents” (petits symboles) sur les pièces, permettant un suivi rigoureux de la production et de la qualité du métal.

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