Le peuple gaulois des Namnètes, installé près de Nantes, est connu pour son alliance avec les Vénètes contre César. Leur monnayage se caractérise par l’absence d’or pur, privilégiant l’électrum. Les pièces emblématiques sont les statères au cheval androcéphale et à l’hippophore. Les monnaies de bronze restent extrêmement rares et leur attribution est parfois complexe.
L’étude du numéraire de la tribu gauloise des Namnètes révèle une production monétaire rare, caractérisée par l’usage prédominant de l’électrum et par une iconographie spécifique centrée sur le cheval androcéphale. Situé au nord de la Loire, ce peuple a émis des espèces qui témoignent de sa position politique complexe vis-à-vis des Vénètes et de son implication dans la Guerre des Gaules. L’analyse de ces pièces, allant du statère au bronze incertain, permet de retracer les échanges économiques et les influences artistiques qui ont marqué ce territoire avant et après la conquête romaine.
Les Namnètes occupent un territoire stratégique au nord de la Loire
Les Namnètes constituent une peuplade gauloise installée dans l’ouest de la Gaule. Leur zone d’influence correspond approximativement à la partie nord de l’actuel département de la Loire-Atlantique. Ce positionnement géographique leur a permis de donner leur nom à la ville de Nantes, anciennement Naoned. Les historiens disposent de connaissances limitées sur ce peuple. Les auteurs antiques mentionnent peu cette tribu, considérée comme mineure par les Romains, et les découvertes archéologiques restent moins nombreuses que pour d’autres cités voisines.

L’épigraphie offre quelques traces tangibles de leur existence et de leur organisation sociale. La plus ancienne inscription connue concerne Argiotalus, un cavalier auxiliaire de l’armée romaine. Sa stèle funéraire, découverte à Worms en Allemagne, indique qu’il est mort entre 30 et 40 après J.-C. Ce soldat stationnait dans le nord de la Germanie pour contenir les assauts germaniques. Une autre épitaphe, celle de Saturninius Macarius, trouvée à Dompierre-les-Églises en Haute-Vienne, mentionne également cette origine ethnique.
Localement, les inscriptions funéraires ne citent pas explicitement la cité des Namnètes car cette appartenance relève de l’évidence pour les habitants. Certaines gravures utilisent des abréviations comme « CN » pour Civitas Namnetum. La Table de Peutinger, document cartographique daté vers 360, signale la ville de Portunamnetu. Ce toponyme, signifiant « Port des Namnètes », confirme les fonctions économiques et politiques de la cité. Nantes jouit d’une position éminente à l’extrémité d’un promontoire bordé par l’Erdre et un bras de la Loire, favorisant les échanges fluviaux et maritimes.
Une alliance avec les Vénètes provoque la colère de Jules César
L’histoire des Namnètes bascule lors de la Guerre des Gaules. Ce peuple apparaît dans les récits historiques au moment de son alliance avec les puissants Vénètes. Ces voisins contrôlent le commerce de l’étain avec les îles britanniques et dominent la façade atlantique. Au printemps de l’année 56 avant J.-C., les Namnètes acceptent de soutenir les Vénètes pour combattre les légions romaines.Jules César fait construire une flotte sur l’estuaire de la Loire pour contrer cette coalition maritime.
La bataille navale qui s’ensuit tourne à l’avantage des Romains, sous le commandement de Decimus Brutus. Une légende locale suggère que César aurait observé les combats depuis la pointe du Castelli. Les troupes romaines traversent ensuite le territoire namnète, probablement via Blain, pour rejoindre le pays vénète. Après cette campagne militaire, les mentions des Namnètes disparaissent des écrits de César. Leur absence lors du soulèvement de Vercingétorix laisse penser qu’ils se sont soumis à l’autorité romaine avant la fin du conflit.
Cette défaite entraîne des conséquences politiques majeures. Considérés comme ennemis par Rome, les Namnètes subissent des mesures de rétorsion. Les Romains favorisent les Pictons, alliés de César, en leur confiant le contrôle de la rive sud de la Loire. Cette décision stimule le développement du port de Ratiatum (Rezé), qui concurrence directement l’influence nantaise. La cité des Namnètes intègre ensuite la province de la Gaule lyonnaise et devient une cité stipendiaire, soumise au tribut impérial.
L’usage de l’électrum caractérise la production monétaire namnète
Le monnayage attribué aux Namnètes présente des spécificités métallurgiques notables. Les fouilles indiquent que l’or pur ne circule pas sur leur territoire. Ce métal fait l’objet d’une thésaurisation, particulièrement dans les zones rurales, et sert de valeur refuge plutôt que d’instrument d’échange courant. Les Namnètes ont donc privilégié la frappe de monnaies en argent et surtout en électrum, un alliage naturel ou artificiel d’or et d’argent.

La teneur en or de ces émissions reste inférieure à celle des peuples voisins. La numismate Simone Scheers note que le meilleur titre en or relevé sur un statère namnète atteint seulement 57,7 %. À titre de comparaison, les monnaies vénètes contiennent environ 75 % d’or et celles des Riedones dépassent les 60 %. Les gisements de métaux situés sur le territoire namnète semblent avoir servi à payer les Romains, sans que cet or ne soit réinjecté dans l’économie locale pour l’achat de biens de consommation.
Les monnaies divisionnaires en bronze ou en potin s’avèrent extrêmement rares. Cette pénurie de petite monnaie contraste avec les pratiques d’autres cités gauloises où les espèces de faible valeur circulent abondamment pour les échanges quotidiens. L’absence quasi totale de numéraire de bronze attribué avec certitude à cette tribu renforce l’idée d’une économie monétaire particulière, peut-être moins monétarisée pour les transactions de faible montant ou utilisant d’autres moyens d’échange.
Le statère à l’hippophore constitue le type monétaire principal
La pièce maîtresse du monnayage namnète est le statère d’électrum, souvent désigné sous le nom de statère à l’hippophore. Ces monnaies anépigraphes (dépourvues de texte) datent du Ier siècle avant J.-C. L’avers présente généralement une grosse tête de profil à droite. Ce visage est entouré de cordons perlés qui se terminent par de petites têtes humaines coupées, un motif ornemental typique de l’art celtique de l’ouest. La chevelure apparaît stylisée, parfois associée à un bâton, ce qui vaut à certaines variantes l’appellation de « statère au bâton ».

Le revers de ces monnaies met en scène un cheval androcéphale, c’est-à-dire un cheval à tête humaine. L’animal galope vers la droite, conduit par un aurige (conducteur de char) qui lève la main gauche et tient les rênes de la main droite. L’élément distinctif de ces émissions réside dans la présence d’un symbole particulier placé entre les jambes du cheval : l’hippophore. Ce motif, dont la signification exacte reste sujette à interprétation, sert de marqueur identitaire pour ces séries monétaires.
Il existe des variantes notables au sein de ce monnayage :
- Le statère de billon à l’hippophore (80-50 av. J.-C.) : Il présente un profil dont sont issus quatre cordons perlés. Une croix figure dans le champ, une branche touchant le front du visage.
- Le statère à la croix : Cette série se montre plus fine et moins stylisée. Elle conserve le cheval androcéphale au revers.
- Le trésor de Challain-la-Potherie : Découvert dans le Maine-et-Loire, cet ensemble contenait des statères namnètes, longtemps attribués par erreur aux Andécaves. Ces exemplaires sont aujourd’hui conservés au musée départemental Thomas-Dobrée.
Les divisions et les bronzes posent des questions d’attribution
Les Namnètes ont également émis des fractions de statère, bien que ces pièces soient moins fréquentes. Le quart de statère à l’hippophore, daté entre 60 et 50 avant J.-C., reprend l’iconographie des unités plus lourdes. L’avers affiche une tête à droite entourée de cordons perlés. Le revers reproduit le cheval androcéphale conduit par un aurige, avec le symbole hippophore entre les jambes de l’animal. La frappe de ces petites monnaies apparaît souvent molle, rendant difficile la distinction entre les variantes à tête large et celles à petite tête.

Une incertitude demeure concernant le monnayage de bronze. Un type spécifique, le « bronze au cavalier », est parfois rattaché aux Namnètes, mais cette attribution suscite des débats parmi les spécialistes. Totalement inédit avant des publications récentes, ce bronze reste très rare. Il présente à l’avers une grosse tête casquée à droite et au revers un cavalier sur un cheval très stylisé. La prudence s’impose quant à son origine exacte.
Pour clarifier les spécificités des différentes dénominations attribuées ou associées aux Namnètes, voici un tableau récapitulatif des types connus :
| Type de monnaie | Métal dominant | Période estimée | Caractéristiques de l’Avers | Caractéristiques du Revers |
| Statère à la grosse tête | Électrum | Ier siècle av. J.-C. | Tête à droite, cordons perlés, petites têtes coupées | Cheval androcéphale, aurige, hippophore |
| Statère de billon | Billon (Ag + Cu) | 80-50 av. J.-C. | Profil à droite, 4 cordons, croix devant le front | Cheval androcéphale galopant à droite |
| Quart de statère | Électrum | 60-50 av. J.-C. | Tête à droite, cordons perlés (frappe souvent molle) | Cheval androcéphale, aurige, hippophore |
| Bronze au cavalier | Bronze | Ier siècle av. J.-C. | Grosse tête casquée à droite | Cavalier sur cheval stylisé (attribution incertaine) |
Les découvertes mentionnées dans le Pays de Retz et le nord de la Vendée tendent à appuyer l’hypothèse d’une circulation de ce bronze dans la zone d’influence namnète, mais seule la multiplication des trouvailles archéologiques dans des contextes stratigraphiques précis permettra de confirmer cette hypothèse.
















