Les monnaies romaines de Tétricus

In Trouvailles et leurs histoires
monnaie romaine tetricus

Êtes-vous déjà tombé devant une monnaie romaine de Tétricus ? Nous allons vous expliquer le contexte historique des monnaies romaines au temps de Tétricus et nous attarder sur ces fameux “antoniniens barbares” qu’on trouve souvent en Gaule. Nous enrichirons au fur et à mesure cet article.

Le contexte historique de Tétricus

Après l’assassinat de l’empereur gaulois Victorinus, les légionnaires de l’armée du Rhin se trouvèrent fort embarrassés : par la faute de l’irascible mais inconscient Attilianus, l’Empire des Gaules se trouvait à nouveau décapité, et ce au moment précis où l’orage menaçait de touts côtés. D’une part, les Francs, accompagnés d’autres peuplades germaniques, n’allaient pas manquer de profiter du vide du pouvoir pour recommencer les incursions pillardes en Gaule.

echelle-temps-TETRICUS

D’autre part, l’empereur de Rome Aurélien ne faisait pas mystère de son intention de mettre fin aux sécessions qui privaient l’Empire romain de ses plus riches provinces. Déjà il se préparait à marcher contre le royaume de Palmyre qui, grâce à sa belle reine Zénobie, s’était approprié tout l’Orient romain. Ensuite, ce serait certainement au tour de l’Empire des Gaules d’être mis au pas…Il fallait donc désigner d’urgence, car le temps pressait, un chef susceptible de remplacer le galant Victorinus sacrifié sur l’autel de l’honneur conjugal. Les suffrages des soldats se portèrent sur Tetricus, un noble sénateur qui occupait, alors, les fonctions de préfet de la province d’Aquitaine. On s’interroge encore sur les raisons de ce choix.

Quand Caius Pius Esuvius devient Tetricus

En choisissant leur chef au sein de l’aristocratie locale plutôt que d’élire, selon leur habitude, un rude militaire, peutêtre les soldats v o u l u r e n t – i l s rehausser le prestige de l’Empire gaulois menacé par Aurélien ? C’est possible… Quoi qu’il en soit, ce dont nous sommes certains, c’est que ce Tetricus n’était pas sur place (à Trèves ou à Cologne) au moment de son élection et qu’il avait certainement exercé un commandement militaire avant son élévation au trône, car jamais les soldats n’auraient accepté d’être placé sous le commandement d’un civil inexpérimenté.

Il faut aussi rejeter cette fable qui prétend que la mère de Victorinus, la très controversée Victoria Augusta, après avoir refusé la pourpre impériale pour elle-même, aurait soudoyé les soldats de l’armée du Rhin pour qu’ils désignent Tetricus. Une fois élu (en décembre 271), Tetricus, qui se trouvait encore à Burdigala (Bordeaux), s’empressa de rejoindre les troupes qui l’avaient choisi. En chemin, il démontra ses qualités de stratège en repoussant les Barbares qui, pour ne pas faillir à leurs mauvaises habitudes, avaient franchi le Rhin… Juste histoire de tester les capacités militaires du nouveau chef gallo-romain (année 272).

Chronologie de période de l’histoire de l’Empire romain connue sous le nom d’Anarchie Militaire (235-268)

Ensuite, il s’établît à Trèves, et c’est là (été 273) qu’il éleva son fils, Tetricus le Jeune, à la dignité de César (empereur subalterne). Fin 273, tout allait donc au mieux pour l’Empire romain des Gaules. Les envahisseurs étaient refoulés, le pays était calme, les frontières étaient solidement gardées, l’empereur Tetricus avait fait ses preuves et semblait être un homme compétent, sa succession était assurée. Bref, de nomb r e u s e s années de calme, de paix et de prospérité en perspective ! C e p e n d a n t , l’Empire gallo-romain fondé treize ans plus tôt par Postumus n’avait plus que quelques mois à vivre.

L’empereur Aurélien n’avait fait qu’une bouchée du royaume de Palmyre. Presque sans coup férir, il avait soumis à son autorité toute la partie orientale de l’Empire romain et s’apprêtait maintenant à faire main basse sur l’Etat sécessionniste des Tetricus, père et fils. L’Espagne et la province de Narbonnaise avaient déjà rallié la cause de Rome ! Sous peine d’être anéantis, les empereurs gaulois devaient réagir énergiquement et rapidement. Comme Aurélien et ses légions, au moral gonflé à bloc par leurs victoires orientales, marchaient vers le Nord, les deux Tetricus se portèrent à sa rencontre avec toutes leurs forces. Les armées se rencontrèrent aux environs de Châlons-sur- Marne. Et puis, on ne sait pas trop ce qui se passa réellement…

Mais est-ce bien là la vérité ?

Faut-il croire les sources officielles qui prétendent que Tetricus redoutait davantage ses propres soldats que ceux d’Aurélien ? Evidemment, cette crainte n’était que trop justifiée : presque tous ses éphémères prédécesseurs avaient été massacrés lors de mutineries. Tetricus ne tenait certainement pas à partager leur sort ! C ‘ e s t pourquoi, juste avant la bataille décisive, le dernier empereur gaulois , accompagné de son fils, aurait déserté honteusement, abandonnant à leur sort ces soldats qu’il craignait tant.

Trevires, puis colonie romaine
La porta Nigra à Trèves. Chef lieu des Trevires, puis colonie romaine devenue une véritable place forte servant à repousser les incursions barbares, Trèves (plus vieille ville d’Allemagne), devient la capitale de la Tétrarchie à la fin du IIIe siècle et siège d’un atelier monétaire impérial à partir de 294, Trèves fut qualifiée de « seconde Rome » ou “Roma Secunda”.

Pendant que son armée se faisait massacrer par les légionnaires aguerris d’Aurélien, Tetricus et son fils se seraient prosternés devant l’empereur de Rome, sollicitant sa protection. ” Délivre-moi de mes tourments, ô Invincible ! ” aurait même pleurniché Tetricus Père, citant un vers de Virgile. Sans doute ce récit ne présente-t-il que la version officielle, c’est-à-dire la propagande d’Aurélien. Pour légitimer la liquidation d’un Empire gallo-romain qui, jusque-là, avait très honorablement rempli son rôle défensif contre les Germains pillards, il fallait discréditer à la fois ces empereurs gaulois et leurs soldats.

chalon
Fresque sculptés sur ivoire dans laquelle Aurélien reçoit l’hommage du conseil de la ville de Chalon.

Les historiens aux ordres du pouvoir montrèrent donc que les premiers étaient bien trop faibles pour défendre une frontière aussi menacée que celle du Rhin, et que les seconds étaient vraiment trop inconstants, trop indisciplinés pour s’acquitter correctement de cette tâche.

La chute de Tetricus

En fait, il est vraisemblable qu’une vraie bataille, bien sanglante et bien acharnée, se déroula aux environs de Châlons-sur-Marne, et que les Tetricus y défendirent vaillamment leur couronne. Ce qui n’est, en revanche, pas contesté, c’est la mansuétude dont Aurélien fit preuve à l’égard des usurpateurs gaulois vaincus. Après avoir (c’était le ” service minimum “) figuré en bonne place lors du triomphe d’Aurélien à Rome (printemps 274), ” revêtu d’une chlamyde écarlate, d’une tunique jaune et de braies gauloise ” (Hist. Aug., Aur., XXXIV, 2), Tetricus Père fut nommé gouverneur (” corrector “) de Lucanie (Pouilles). Tetricus est l’un des rares hommes ayant exercé le pouvoir au IIIe siècle à ne pas périr de façon violente

Antoninien de Tétricus
Diamètre : 19 mm, poids : 2,90 g, métal : bronze ou billon. Avers : IMP C TETRICVS P F AVG. “Imperator Caesar Tetricus Pius Felix Augustus”, (Empereur César Tétricus Pieux Heureux Auguste). Buste radié de Tétricus Ier à droite, avec cuirasse et paludamentum, vu de trois quarts en avant. Revers : SPES PVBLICA. “Spes Publica”, (L’Espoir Public). Spes (l’Espoir) drapée, marchant à gauche, tenant une fleur de la main droite et un pan de sa robe de la gauche. On peut distinguer deux variantes pour le type de revers SPES PVBLICA. La première présente Spes marchant à gauche, avec une seule jambe visible. Sur la seconde, les deux jambes apparaissent. Antoninien frappé à Trèves en 272 après J.-C. (Source : Rome 15 de CGB)

Tetricus Junior, quant à lui, fut autorisé à siéger au Sénat dont il devint, paraît-il un membre éminent. Cela dit, on n’accordera cependant guère de crédit au très facétieux auteur de l'” Historia Augusta ” (Tr. Tyrans, XXIV), lorsqu’il prétend qu’Aurélien avait confié le gouvernement de toute l’Italie à notre Tetricus et que, fréquemment, l’empereur romain, qui n’était pourtant pas précisément un amusant, aimait à plaisanter avec son ancien rival gaulois ” l’appelant souvent collègue, parfois compagnon d’armes et même, de temps à autre, empereur ” !

Recensement des émissions radiées du IIIème siècle

Les années 270 après Jésus-Christ sont des années très tourmentées tant au plan politique qu’économique. Les frappes monétaires ne sont pas épargnées : on dénombre seulement deux ateliers officiels (Cologne et Trèves) qui battent monnaies et alimentent ainsi « l’empire gaulois » où règnent depuis dix ans les empereurs « usurpateurs ». La seule monnaie qui ait eu cours à cette époque est l’antoninien ou plutôt ce qu’il en reste, inventé par Caracalla, quelques soixante ans auparavant.

antoninien de Gordien III
Exemple d’un antoninien de Gordien III frappé en 238 après J.-C. et d’un antoninien de Victorin frappé en 270 après J.-C.

Cette monnaie de billon a tellement été dévaluée qu’en 270 elle ne présente quasiment plus aucune trace d’argent. A cette époque, seules les monnaies de cuivre circulent ! Les ateliers officiels ne peuvent plus faire face à une demande de numéraire de plus en croissante, causée essentiellement par une consommation accrue de l’armée.

Dans un souci de survie, des ateliers non officiels s’implantent un peu partout dans l’empire gaulois et commencent la fabrication de ces monnaies de « nécessité », imitant ces antoniniens en y apposant l’effigie de l’empereur du moment. Ces monnaies, dont la petite taille est essentiellement due à un souci d’économie de métal, sont assez frustres. Certains les appellent vulgairement « imitations Barbares, Barbares Radiées, ou encore Tetricus ». En voici un exemple : Ces imitations que l’on appellera plus simplement « Minimis radiées ou Imitations radiées ou frappes barbares » ont été longtemps négligées par les collectionneurs et injustement traitées comme de vulgaires fausses monnaies, ce qui est loin d’être le cas.

Antoninien de Tétricus
Diamètre : 19 mm, poids : 2,90 g, métal : bronze ou billon . Avers : IMP C TETRICVS P F AVG. “Imperator Caesar Tetricus Pius Felix Augustus”, (Empereur César Tétricus Pieux Heureux Auguste). Buste radié de Tétricus Ier à droite, avec cuirasse et paludamentum, vu de trois quarts en avant. Revers : VICTORIA AVG. “Victoria Augusti”, (La Victoire de l’Auguste). Victoria (la Victoire) marchant à gauche, brandissant une couronne de la main droite et tenant une palme de la main gauche. Antoninien frappé à Trèves en 272 après J.-C. (Source : Rome 15 de CGB)

Ces petites monnaies devraient être aujourd’hui reconsidérées, certaines d’entre-elles sont très rares et présentent une réelle importance numismatique mais aussi historique. Dans le cadre d’une étude destinée à être publiée, laquelle a pour but d’effectuer un recensement, je recherche un maximum de photos de ces monnaies, en haute définition sur fond blanc (600 à 1.200 dpi ou photos par APN), accompagnées non seulement du diamètre et du poids de chaque pièce, mais aussi du lieu de la trouvaille, ou au moins de la commune. En effet, un lien pourrait être envisagé entre la typologie et le lieu de fabrication.

l’Empire romain des Gaules. Les envahisseurs étaient refoulés, le pays était calme, les frontières étaient solidement gardées, l’empereur Tétricus avait fait ses preuves et semblait être un homme compétent, sa succession était assurée. Bref, de nombreuses années de calme, de paix et de prospérité en perspective ! Cependant, l’Empire gallo-romain fondé treize ans plus tôt par Postumus n’avait plus que quelques mois à vivre.

Antoninien de Tétricus II

Antoninien de Tétricus II Diamètre : 19 mm, poids : 2,90 g, métal : bronze ou billon
Diamètre : 19 mm, poids : 2,90 g, métal : bronze ou billon. Avers : C PIV ESV TETRICVS CAES. “Caius Pius Esuvius Tetricus Caesar”, (Caius Pius Esuvius Tétricus César). Buste radié de Tétricus II à gauche, avec paludamentum, vu de trois quarts en avant.
Revers : SPES AVGG. “Spes Augustorum”, (L’Espérance des Augustes). Spes (l’Espérance) marchant à gauche, relevant sa robe avec sa main gauche et tenant une fleur de la main droite.
Antoninien frappé à Cologne entre 273 et 274 après J.-C. (Source : Monnaie 13 de CGB)

Aureus de Tétricus II

Aureus de Tétricus II
Diamètre : 20 mm, poids : 4 g, métal : or. Aureus de Tétricus II Diamètre : 20 mm, poids : 4 g, métal : or.
Avers : C P ES TETRICVS CAES. Caius Pius Esuvius Tetricus Caesar”, (Caius Pius Esuvius Tétricus César). Tête nue de Tétricus II à droite, avec paludamentum, vu de trois quarts en avant.
Revers : SPES AVGG. “Spes Augustorum”, (L’Espérance des Augustes). Spes (l’Espérance) marchant à gauche, relevant sa robe avec sa main gauche et tenant une fleur de la main droite.

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