Souvent confondus, la vervelle est un anneau de fauconnerie, tandis que le pendant de harnais est un ornement équestre courant. La distinction principale se fait par la taille de la suspension : fine pour le rapace, robuste pour le cheval. Ces objets armoriés, apparus au XIIème siècle, servent à identifier le propriétaire selon les codes stricts de l’héraldique médiévale.
Identifier avec précision un petit écu émaillé ou une attache métallique décorée demande une compréhension des usages de la chevalerie médiévale. Ces artefacts, témoins de l’histoire sociale et militaire, servaient autant à l’identification des propriétaires qu’à l’ornementation de leurs animaux. La distinction entre un équipement destiné à un cheval de guerre et celui réservé à un faucon de chasse repose sur des critères techniques spécifiques, notamment la taille de la suspension et le type d’attache. L’analyse des blasons, des formes géométriques et des systèmes de fixation permet aujourd’hui de dater ces objets et de comprendre leur fonction première au sein de la société féodale.
L’identification des propriétaires grâce à l’héraldique médiévale
L’apparition des armoiries remonte au XIIème siècle, période charnière pour l’organisation militaire et sociale de l’Europe. Le roi Henry I offre en 1127 un bouclier orné de trois lions dorés à son beau-fils, Geoffrey d’Anjou. Ce geste marque le début d’une codification visuelle nécessaire sur les champs de bataille et lors des tournois. Les chevaliers, dissimulés sous leur haubert et leur heaume, avaient besoin de signes distinctifs forts pour être reconnus par leurs alliés comme par leurs ennemis.

Les hérauts d’armes jouaient un rôle central dans ce système de communication visuelle. Ces messagers, dont le nom dérive de l’anglais “Herald”, devaient mémoriser les blasons et les faits d’armes associés à chaque famille. Ils assuraient la transmission des messages entre seigneurs et armées. La science de l’héraldiquenaît de cette nécessité d’identifier les combattants et de lire leur rang social, leurs alliances matrimoniales ou leurs allégeances politiques directement sur leur équipement.
Les règles établies au XIIème siècle régissent la composition des blasons et restent valables aujourd’hui. Les couleurs simples et les formes géométriques rudimentaires des débuts se complexifient avec le temps. Chaque famille cherche à affirmer son statut par l’usage de symboles spécifiques sur ses bannières, ses boucliers, mais aussi sur les harnais de ses montures. Le pendant de harnais devient alors un vecteur d’identité, affichant les couleurs du maître sur le poitrail, la tête ou la croupe du cheval.
La confusion fréquente entre vervelles et pendants de harnais
Le monde de la détection et de l’archéologie amateur classe souvent par erreur de petits pendants armoriés dans la catégorie des vervelles. Une vervelle désigne techniquement un anneau plat, souvent inscrit, utilisé en fauconnerie. Le terme vient du latin veru, signifiant tourner. Cet objet sert à attacher les jets (lanières de cuir) aux pattes de l’oiseau de proie tout en identifiant son propriétaire. Les définitions historiques, comme celle de l’Encyclopédie Méthodique de 1794, confirment cette fonction d’anneau de liaison.

L’analyse des découvertes réalisées en Angleterre apporte un éclairage différent sur ces objets. Les prospecteurs britanniques ont mis au jour de véritables vervelles en argent, datées du XVIème et XVIIème siècle. Ces bagues portent des inscriptions nominatives, comme celle du Duke of Suffolk ou de John Talbot, comte de Shrewsbury. Ces artefacts diffèrent radicalement des pendants en forme d’écu que l’on qualifie souvent de vervelles en France. La rareté des véritables vervelles s’explique par le fait que les rapaces morts à la chasse étaient généralement récupérés par leurs maîtres.
La majorité des objets identifiés comme des vervelles pour chiens ou oiseaux sont en réalité des pendants de harnais de petite taille. L’absence de preuves iconographiques sur les enluminures médiévales renforce cette hypothèse. Les scènes de chasse du Codex Manesse ou les tapisseries d’époque montrent des oiseaux et des chiens équipés de grelots, mais jamais de ces écussons pendants. La confusion provient probablement de la terminologie anglo-saxonne qui utilise parfois le mot “vervel” pour désigner une petite agrafe de cotte de mailles, ajoutant à l’ambiguïté.
Les critères techniques de différenciation
La distinction principale entre ces deux types d’objets réside dans le système de suspension. Une vervelle authentique, destinée à la fauconnerie, se présente sous la forme d’un anneau ou d’une bague. Elle doit être légère et ne pas gêner le vol ou les mouvements du rapace. Les textes anciens, comme les poésies de Guillaume Crétin, associent les vervelles aux sonnettes et aux longes, confirmant leur usage technique précis.
Le pendant de harnais, quant à lui, dispose d’une suspension plus robuste, adaptée aux lanières de cuir épaisses de l’équipement équestre. La taille de l’attache constitue donc l’indice le plus fiable. Une suspension large, fixée par un rivet ou un clou, indique presque systématiquement une destination équine. Même les pendants de petite dimension, souvent attribués à tort à des animaux de compagnie, s’intègrent généralement dans des ensembles décoratifs plus vastes ornant les chevaux.
Les typologies variées des suspensions et attaches
Le pendant de harnais se compose de deux parties distinctes : la suspension et la plaque décorative. La suspension est la pièce mécanique fixée au cuir du harnachement. Elle prend diverses formes selon les époques et les régions : clou avec crochet, anneau simple, ou platine travaillée. Certaines suspensions sont elles-mêmes émaillées et décorées, formant un ensemble esthétique cohérent avec le pendant qu’elles soutiennent.

Le système d’accroche le plus courant utilise une charnière ou un crochet permettant au pendant de osciller au rythme des mouvements du cheval. Ce mouvement capte la lumière et attire le regard sur les armoiries, remplissant ainsi sa fonction de signalement. On trouve des modèles où la plaque est alignée avec la suspension, et d’autres où l’attache est déportée, permettant des configurations plus complexes.
Il est fréquent de trouver la suspension seule, la plaque s’étant détachée avec l’usure du temps. Les modèles trouvés varient du simple crochet fonctionnel à des pièces d’orfèvrerie dorées et émaillées. La forme de la suspension peut parfois aider à la datation, certains styles étant caractéristiques du XIIIème ou du XIVème siècle.
L’évolution des formes géométriques et symboliques
Les formes des pendants évoluent considérablement entre le XIIème et le XVIème siècle. Cette évolution suit les tendances artistiques de l’époque, passant de la simplicité romane à la complexité du gothique. Les premiers exemplaires, apparus au XIIème siècle, arborent des formes géométriques simples. On trouve principalement des carrés, des losanges ou des cercles.

Ces premiers modèles ne sont généralement pas émaillés. Ils sont fabriqués en alliage cuivreux et parfois dorés. En Espagne, sous le règne des rois catholiques Ferdinand II d’Aragon et Isabelle de Castille, une production quasi-industrielle de ces pendants géométriques se développe. Des moules retrouvés à Lorca témoignent de l’influence maure sur ces productions, mêlant styles européens et orientaux. Ces objets servaient autant de décoration que d’amulettes de protection pour la monture.
La prédominance des formes d’écu
À partir du XIIIème siècle, la forme d’écu (bouclier) devient prépondérante. Elle offre la surface idéale pour apposer les armoiries du propriétaire. Ces pendants sont souvent émaillés, utilisant la technique du champlevé pour incruster les couleurs du blason dans le métal. Le lion figure parmi les motifs les plus fréquents. Symbole de force et de courage, il est représenté rampant (dressé) ou passant (marchant).
Voici un tableau récapitulatif des symboles animaliers fréquents en héraldique et présents sur les pendants :
| Animal | Représentation classique | Symbolique associée |
| Lion | Rampant (profil, un œil visible) | Force, courage, valeur, royauté. |
| Léopard | Passant (tête de face, deux yeux) | Vigilance, bravoure (symbole Plantagenêt/Normandie). |
| Aigle | De face, ailes déployées | Prestige, empire, puissance céleste. |
| Merlette | Oiseau de profil sans bec ni pattes | Participation aux croisades (blessures de guerre). |
| Dauphin | Courbé en demi-cercle | Dauphiné, héritier du trône. |
Les règles de l’héraldique s’appliquent strictement à ces représentations. Un lion qui regarde de face devient un léopard. Un aigle est représenté avec les ailes étendues. Ces détails permettent parfois d’identifier la famille ou la région d’origine du pendant, bien que l’usure de l’émail rende souvent la lecture difficile.
La symbolique florale et les motifs en rosace
Le langage des fleurs, très présent dans la littérature courtoise du Moyen Âge, influence également la forme des pendants. Les modèles en forme de rosace, de trilobe ou de quadrilobe apparaissent fréquemment. Ils évoquent parfois les récompenses des tournois ou les gages d’amour, comme le “chapel de fleurs” (couronne) offert par une demoiselle à son prétendant.

Ces pendants floraux peuvent être simples ou présenter une structure complexe “à cadre”. Dans ce dernier cas, un élément central mobile, souvent en forme de fleur ou de pistil, est inséré dans un cadre extérieur polylobé. Ces modèles, datés des XIVème et XVème siècles, sont particulièrement répandus en France et en Angleterre. Ils témoignent d’une recherche esthétique poussée, dépassant la simple fonction héraldique.
Les motifs végétaux comme la rose, associée plus tard à la dynastie des Tudors, ou la fleur de lys, emblème de la monarchie française, sont omniprésents. Le gland, symbole de prospérité et de fécondité, se retrouve aussi sous forme de pendentif en volume. Ces objets démontrent que le harnais du cheval servait de support à une riche symbolique, mêlant appartenance politique et valeurs chevaleresques.
Les variations régionales et formes remarquables
La diversité des pendants médiévaux révèle des spécificités régionales marquées. Dans le sud de la France, les pendants cruciformes sont plus fréquents qu’ailleurs. Certains modèles rappellent explicitement la croix du Languedoc ou croix occitane. Cette croix évidée et pommetée, symbole des comtes de Toulouse, a servi de signe de ralliement, notamment durant la période cathare décrite par l’historien René Nelli.
Ces pendants en forme de croix apparaissent aux XIIIème et XIVème siècles. Ils peuvent être simples ou richement décorés, parfois bouletés aux extrémités. Leur présence témoigne de l’ancrage territorial fort de certaines formes et de la persistance de symboles identitaires locaux à travers les siècles. Ils coexistent avec des formes plus universelles comme la coquille Saint-Jacques, emblème des pèlerins se rendant à Compostelle, retrouvée également sous forme de pendant de harnais.

Les systèmes de suspension complexes
L’archéologie révèle l’existence de systèmes de décoration de harnais bien plus élaborés que le simple pendant unique. Des assemblages articulés, comportant plusieurs plaques ou éléments mobiles, ornaient les montures les plus prestigieuses. Ces systèmes permettaient de multiplier les surfaces décorées et d’augmenter l’impact visuel du cheval en mouvement.
Certains pendants présentent une bélière (anneau de passage) déportée sur le côté plutôt qu’au sommet. Cette caractéristique technique indique qu’ils faisaient partie d’un ensemble plus vaste, probablement reliés à d’autres éléments métalliques formant une chaîne ou un réseau décoratif sur la croupe du cheval. Des découvertes, comme celles mentionnées de pendants décorés sur les deux faces à l’effigie de Simon de Melun, confirment que ces objets étaient conçus pour être vus sous tous les angles.
- Pendants à bélière inversée : Conçus pour des configurations spécifiques de lanières.
- Pendants doubles : Présentant un motif différent sur chaque face.
- Pendants grelots : Associant la fonction sonore à la décoration visuelle.
Ces artefacts, qu’ils soient de simples écus armoriés ou des chefs-d’œuvre d’orfèvrerie articulés, constituent une source d’information inestimable. Ils nous renseignent sur les techniques de fabrication, les modes de l’époque et les codes sociaux régissant la chevalerie médiévale.















