Les Sénons, dont le nom signifie les sages ou les anciens, contrôlaient un vaste territoire qui s’étendait entre le sud de la Champagne-Ardenne et le nord de la Bourgogne, incluant des départements actuels comme l’Yonne, l’Aube ou encore la Seine-et-Marne.
Leur principal oppidum était Agedincum (Sens), stratégiquement situé le long de l’Yonne, et la ville a conservé encore aujourd’hui le nom de la civitas antique. Ils possédaient plusieurs autres oppida comme Auxerre, Tonnerre ou Avallon. Le site de Divona semble avoir été le principal sanctuaire des Sénons.
Contexte historique : les Sénons face à César
L’histoire de ce peuple est intimement liée à la conquête romaine. En effet, Jules César avait fait hiverner six de ses légions en 53 avant J.-C. à Agedincum.
Plus tard, Labienus, lieutenant et légat de César, vint s’établir dans la région de Sens, entre les sites de Gergovie et Alésia, afin de contrôler les routes et de protéger les armées romaines d’une attaque des peuples Belges ou des Germains.
Voici un extrait du Livre VI de Bellum Gallicum (la Guerre des Gaules), œuvre dans laquelle César relate la conquête qu’il entreprit dès 58 avant J.-C. pour soumettre la plus grande partie de la Gaule encore indépendante.
… En 53 avant J.-C., alors que des préparatifs de guerre des Gaulois sont identifiés ici et là, et comme il ne voyait de tous côtés que préparatifs de guerre – les Nerviens, les Atuatuques, les Ménapes en armes avec tous les Germains cisrhénans, les Sénons s’abstenant de répondre à sa convocation et se concertant avec les Carnutes et les cités voisines, les Trévires ne cessant de députer aux Germains pour tâche de les gagner –, César pensa qu’il devait entrer en campagne… Donc, avant que l’hiver fût achevé, César rassembla les quatre légions les plus proches et, à l’improviste, marche sur le pays des Nerviens ; sans leur laisser le temps de se rassembler ou de fuir, enlevant beaucoup de bétail, faisant un grand nombre de prisonniers – butin qu’il abandonna aux soldats –, dévastant leurs campagnes, il les força à se soumettre et à lui fournir des otages. L’affaire fut vivement terminée ; après quoi, il fit demi-tour, et ramena les légions dans leurs quartiers d’hiver.
Livre VI de Bellum Gallicum (la Guerre des Gaules)
Aux premiers jours du printemps, il convoqua, selon la règle qu’il avait établie, l’assemblée de la Gaule ; tous y vinrent sauf les Sénons, les Carnutes et les Trévires ; il interpréta cette abstention comme le début de la révolte ouverte, et, pour faire voir qu’il subordonnait tout à sa répression, il transporte l’assemblée à Lutèce, ville des Parisii… César y annonce sa résolution et le même jour part avec ses légions pour le pays des Sénons, qu’il gagne à marches forcées. À la nouvelle de son approche, Acco, qui était l’instigateur de la révolte, ordonne que les populations se rassemblent dans les places fortes. La mesure était en cours d’exécution quand on annonce que les Romains sont là. Les Sénons ne peuvent faire autrement que de renoncer à leur projet et d’envoyer des députés à César pour tâcher de le fléchir ; les Éduens, qui étaient depuis longtemps leurs protecteurs, les introduisent. César, à la prière des Éduens, leur pardonne volontiers et accepte leurs excuses… Il exige cent otages, et en confie la garde aux Éduens…
Livre VI de Bellum Gallicum (la Guerre des Gaules)
La plupart des monnaies présentées ci-dessous datent, en conséquence, de cette période qui vit définitivement les nations gauloises se plier sous le joug de l’occupant romain.
L’année déterminante est l’an 52 avant J.-C. qui vit s’établir, sous l’impulsion de Vercingétorix, chef des Arvernes, une conjuration générale.
Elle perdura malgré la prise d’Avaricum par César, puisque les Romains furent défaits à Gergovie et durent y lever leur siège. Néanmoins, la fin pour les peuples gaulois était prévisible pour les conquérants cisalpins. Elle eut lieu au siège d’Alésia où Vercingétorix dut effectuer sa reddition.
Catalogue des monnaies sénones
Statère globulaire à la croix (100 – 80 avant J.-C.)

- Avers : Lisse avec une petite croix en relief.
- Revers : Lisse.
Ce monnayage est antérieur à la Guerre des Gaules. Il est impossible de déterminer avec sûreté le procédé selon lequel ces globules ont été réalisés : s’agit-il d’une coulée ou d’une frappe traditionnelle ?
Ce type a été attribué successivement aux Sénons, aux Carnutes, aux Parisii, aux Bellovaques et aux Suessions. La carte de répartition étant très vaste, l’attribution aux Sénons semble la plus autorisée.
Bronze GIAMILOS/SIINV à l’oiseau (antérieur à 52 avant J.-C.)

- Avers : Tête à droite, les cheveux divisés en grosses boucles, tirées en arrière. Légende : GIAMILOS.
- Revers : Oiseau à gauche ; derrière, un pentagramme et deux annelets centrés ; au-dessous, entre les pattes et la queue, un point. Légende : SIINV.
La carte de répartition des trouvailles était très large (des exemplaires se rencontrent à Paris, dans la Seine, dans la Seine-et-Marne, l’Oise, l’Aisne, sur le site de Pommiers, dans la Seine-Maritime, l’Yonne ou l’Aube). L’attribution aux Sénons semble assurée.
Bronze YLLYCCI à l’oiseau (antérieur à 52 avant J.-C.)
Plusieurs variantes de ce bronze existent :
- Variante 1 :
- Avers : Tête à droite, les cheveux divisés en grosses mèches stylisées, ramenées en avant et bouletées aux extrémités.
- Revers : Oiseau à gauche ; derrière, un pentagramme et une croisette bouletée, accostée de quatre globules ; derrière deux annelets centrés. Légende : YLLYCCI.
- Variante 2 :
- Avers : Tête à droite, les cheveux divisés en grosses boucles stylisées, tirées en arrière ; devant la bouche, un cercle linéaire entouré d’un cordon perlé.
- Revers : Oiseau à gauche ; derrière, un pentagramme et un Y ; derrière, deux annelets centrés ; sous la queue de l’oiseau, une croisette aux extrémités bouletées, accostée de globules ; un globule sous le bec de l’oiseau. Légende : YLLYCCI.
- Variante 3 :
- Avers : Tête à droite, les cheveux divisés en grosses mèches stylisées, ramenées en avant et bouletées aux extrémités ; l’œil est pointé ; devant la bouche, une esse retournée ; sous la tête, un petit torque.
- Revers : Oiseau à gauche ; derrière, un pentagramme et une croisette aux extrémités bouletées, accostée de quatre globules ; deux annelets centrés derrière la queue de l’oiseau.
- Variante 4 :
- Avers : Tête à droite, les cheveux divisés en grosses mèches stylisées, ramenées en arrière et bouletées à l’intérieur ; S devant le nez et la bouche ; torque bouleté sous le menton.
- Revers : Oiseau à gauche ; derrière, un pentagramme et une S ; deux annelets centrés derrière la queue de l’oiseau ; une croisette aux extrémités bouletées, accostée de quatre globules sous la queue ; un globule sous le bec de l’oiseau.
La carte de répartition des trouvailles est très large et s’étend jusqu’en Suisse. Cependant, l’attribution aux Sénons ne semble pas devoir être remise en question.
Bronze ANS à l’oiseau et au vase (postérieur à 45 avant J.-C.)
- Avers : Tête à droite, les cheveux divisés en grosses mèches élancées, ramenées en arrière ; torque bouleté sous le cou.
- Revers : Oiseau à gauche, le bec au-dessus d’un vase ; derrière, un pentagramme, une croisette aux extrémités bouletées, accostée de quatre globules, deux annelets centrés derrière la queue de l’oiseau. Légende : ANS.
Le revers de ce type serait copié sur le droit du denier de Marc Antoine et de Lépide, frappé en 43 avant J.-C. en Gaule Transalpine.
Bronze à l’oiseau (postérieur à 45 avant J.-C.)
- Avers : Tête à droite, les cheveux divisés en grosses mèches tirées en arrière, mèches élancées ; l’œil est vide ; torque bouleté sous le cou ; devant la bouche, rinceau ou reste de légende.
- Revers : Oiseau à gauche, entouré d’un filet ; derrière, un pentagramme, Y et deux annelets centrés derrière la queue de l’oiseau.
Potin à la grosse tête (antérieur à 52 avant J.-C.)
- Avers : Grosse tête casquée à gauche entre deux besants ; œil figuré par un globule.
- Revers : Cheval passant à gauche, surmonté par quatre globules posés en T ; deux autres accostant l’antérieur du cheval.
La carte de répartition montre des trouvailles dispersées sur les départements de l’Aisne, de l’Oise et de l’Aube.
Potin à la tête casquée et à la rosace (antérieur à 52 avant J.-C.)
- Avers : Tête casquée stylisée à gauche entre deux globules.
- Revers : Cheval ou bouquetin à queue bifide passant à gauche, la crinière formée de trois globules ; entre les pattes, un fleuron formé de cinq globules.
Potin à la tête casquée et à l’annelet (antérieur à 52 avant J.-C.)

- Avers : Tête casquée stylisée à gauche entre deux globules ; l’œil est globulé.
- Revers : Cheval ou bouquetin à queue bifide passant à gauche ; entre les jambes, un cercle linéaire.
Potin à la tête “d’indien” et au cheval élancé (antérieur à 52 avant J.-C.)
- Avers : Tête “d’indien” fortement stylisée à gauche ; l’œil est globulé ; un globule sous le menton.
- Revers : Cheval élancé au pas à gauche, l’antérieur levé ; grènetis circulaire.
Malgré une carte de répartition des trouvailles très dispersée, ce potin est traditionnellement classé aux Sénons. D’autres exemplaires se rencontrent aussi dans l’Aisne et dans l’Aube. Ce type reste néanmoins rare et est antérieur à la Guerre des Gaules.
Potin à la tête “d’indien” et au cavalier (antérieur à 52 avant J.-C.)
- Avers : Tête “d’indien” fortement stylisée à droite, six mèches de cheveux tirées en arrière, globulées aux extrémités ; l’œil est globulé ; demi-cercle sur la joue (l’oreille ?).
- Revers : Cheval stylisé au pas à gauche à la queue bifide (ou cavalier), accosté de trois globules ; la queue du cheval est globulée à son extrémité.
L’ensemble du revers pourrait être interprété comme un cavalier chevauchant. Au droit, sous l’oreille, on semble apercevoir une boucle d’oreille stylisée. L’attribution aux Sénons semble assurée, mais une autre, aux Tricasses, a été proposée.
Potin à la tête “d’indien” (antérieur à 52 avant J.-C.)
Il existe 2 classes pour ce potin.

- Classe 1 :
- Avers : Tête “d’indien” fortement stylisée à droite, les cheveux tirés en arrière ; l’œil est globulé ; demi-cercle sur la joue (l’oreille ?).
- Revers : Cheval stylisé au pas à gauche, accosté de deux globules (la queue du cheval est globulée à son extrémité). Cet exemplaire présente la particularité d’avoir deux globules au revers dans le champ au lieu de trois. Au droit, la chevelure est composée de six longues mèches de cheveux tirées en arrière et bouletées. La carte de répartition des trouvailles est très ouverte, avec de nombreuses découvertes dans le Val d’Oise, l’Oise, l’Aisne, l’Eure et les Yvelines. L’attribution aux Sénons semble assurée, mais une autre, aux Aulerques Éburovices, a été proposée.
- Classe 2 :
- Avers : Tête “d’indien” fortement stylisée à droite, six mèches de cheveux tirés en arrière, bouletées aux extrémités ; l’œil est globulé ; trace de l’oreille.
- Revers : Cheval stylisé au pas à gauche, accosté de trois globules ; la queue du cheval est globulée à son extrémité.
Potin à la tête “d’indien”, au nez long (antérieur à 52 avant J.-C.)
- Avers : Tête “d’indien” fortement stylisée à droite, six mèches courtes de cheveux tirées en arrière, bouletées aux extrémités ; l’œil est globulé ; trace de l’oreille et des restes d’un torque sous le cou.
- Revers : Cheval stylisé au pas à gauche, accosté de trois globules ; la queue du cheval est globulée, à son extrémité.
Le grènetis linéaire est pratiquement complet au droit. Le portrait allongé est comme étiré, avec les mèches très en arrière. Le nez est allongé aussi ; la bouche n’est figurée que par un globule ; l’oreille est pratiquement absente. La carte de répartition des trouvailles est très ouverte.
Potin à la grosse tête “d’indien” au nez busqué (antérieur à 52 avant J.-C.)

- Avers : Tête “d’indien” fortement stylisée à droite, le nez long, l’œil fortement marqué ; la chevelure formée par quatre petites mèches placées verticalement.
- Revers : Cheval passant à gauche.
Cet exemplaire de poids lourd semble complètement inédit et non répertorié. Son style n’est pas sans rappeler certains potins sénons. Pour cette raison, une attribution à ce peuple est possible, mais pas définitive.
Potin à la tête “d’indien” et au sanglier (antérieur à 52 avant J.-C.)
- Avers : Tête “d’indien” fortement stylisée à droite, six mèches de cheveux tirées en arrière, globulées aux extrémités ; l’œil est globulé.
- Revers : Sanglier enseigne à droite ; au-dessous, trois points posés en triangle (une variante existe avec un petit oméga).
La carte de répartition des trouvailles est très ouverte. De nombreuses trouvailles se rencontrent dans l’Aube, la Seine-et-Marne, les Yvelines, l’Oise, l’Eure-et-Loir, la Nièvre, la Haute-Marne, sans oublier la Haute-Savoie. L’attribution aux Sénons semble assurée.
Rappel de la législation sur la détection de loisir
Pour pratiquer votre passion dans le respect du patrimoine, il est important de toujours garder à l’esprit la réglementation en vigueur en France.
Loi n°89-900 du 18 décembre 1989 et l’article L.542-1 du Code du patrimoine :
Nul ne peut utiliser du matériel permettant la détection d’objets métalliques, à l’effet de recherches de monuments et d’objets pouvant intéresser la préhistoire, l’histoire, l’art ou l’archéologie, sans avoir, au préalable, obtenu une autorisation administrative délivrée en fonction de la qualification du demandeur ainsi que de la nature et des modalités de la recherche.
















