Le règne bref de Titus (79-81) offre des monnaies rares comme les types “Judea Capta” ou les sesterces du Colisée. Ce guide analyse l’histoire, l’identification des deniers face aux faux et distingue ses frappes de celles de son père Vespasien.
Le monnayage de Titus, bien que limité par un règne officiel de seulement deux ans entre 79 et 81 après J.-C., offre un témoignage historique dense sur la dynastie des Flaviens. Ces artefacts numismatiques documentent l’évolution d’un homme, passant du statut de chef de guerre impitoyable lors de la prise de Jérusalem à celui d’empereur bienveillant confronté à des catastrophes majeures comme l’éruption du Vésuve. Les collectionneurs analysent ces pièces pour comprendre la propagande impériale, les liens familiaux avec Vespasien et l’architecture romaine, tout en apprenant à identifier les faux d’époque qui circulent encore aujourd’hui.
Titus incarne une dualité frappante entre tyrannie et bienveillance
Les historiens observent deux phases distinctes dans la vie de Titus, une rupture nette que la numismatique peine parfois à refléter tant le changement fut brutal. Avant son accession au trône impérial, la réputation du fils de Vespasien était exécrable. Le peuple romain et le Sénat voyaient en lui un second Néron. Cette crainte s’enracinait dans ses comportements à la cour où il affichait un goût prononcé pour le luxe, la débauche et une cruauté certaine. Son éducation au sein de la cour impériale avait forgé un caractère libertin, appréciant la compagnie des eunuques et finançant grassement les artistes et comédiens.

Sa relation avec la reine Bérénice cristallisait les tensions à Rome. Sœur d’Hérode Agrippa II et arrière-petite-fille d’Hérode le Grand, elle possédait une influence politique considérable. Titus tomba sous son charme dès 67, lors des campagnes militaires en Galilée. Leur installation commune à Rome en 75 raviva la xénophobie latente et la peur d’une nouvelle Cléopâtre dominant l’Empire. Les Romains craignaient que l’héritier des Flaviens ne délaisse les traditions latines pour un despotisme oriental.
L’accession au pouvoir en 79 marque pourtant une métamorphose complète. Profondément affecté par le décès de son père, Titus adopte une conduite irréprochable. Il renvoie Bérénice en Judée, non sans douleur, pour satisfaire l’opinion publique. Il s’éloigne de ses anciens favoris et s’entoure de conseillers respectables. Cette nouvelle attitude s’inscrit dans l’imitatio Augusti, une volonté de reproduire les vertus du premier empereur. Il devient généreux, organise des repas officiels sobres et consacre son temps à la gestion de l’État. Ce revirement lui vaudra le surnom de “délices du genre humain” après sa mort prématurée, survenue après deux années de règne marquées par une gestion exemplaire des crises.
Les monnaies Judea Capta célèbrent la victoire romaine en Orient
La carrière militaire de Titus avant son règne impérial reste son fait d’armes le plus documenté par la numismatique. En 70, il prend la tête des légions romaines pour mater la révolte juive. Le siège de Jérusalem, rapporté avec précision par l’historien Flavius Josèphe, se solde par la destruction totale de la ville et l’incendie du second Temple de Jérusalem. Ce succès militaire est vital pour légitimer la nouvelle dynastie flavienne qui ne possède pas la noblesse des Julio-Claudiens.

Les ateliers monétaires frappent alors d’abondantes séries pour commémorer cet événement. L’un des exemples les plus emblématiques est l’as de Titus frappé à Lyon vers 77. L’avers présente la titulature T CAES IMP AVG F TR P COS VI CENSOR, rappelant ses titres de César et de Censeur. Le revers porte la célèbre légende IVDAEA CAPTA. L’iconographie est sans équivoque : une personnification de la Judée est assise, en pleurs, au pied d’un palmier, les mains liées dans le dos. Cette image de soumission totale sert la propagande de Rome et avertit quiconque oserait se rebeller contre l’autorité impériale.
Certains deniers reprennent cette thématique avec des variantes graphiques. On y voit parfois un prisonnier juif s’agenouillant devant des trophées militaires. Ces pièces circulaient dans tout l’Empire, véhiculant l’image d’un Titus victorieux et garant de l’ordre romain. L’arc de triomphe de Titus à Rome conserve d’ailleurs la mémoire architecturale de ce triomphe, montrant les soldats rapportant le butin sacré, dont la fameuse Ménorah.
Le monnayage de restitution honore le passé et la famille impériale
Titus utilise son pouvoir de frappe monétaire pour affirmer la continuité dynastique et son respect pour les figures tutélaires de Rome. Il émet ce que l’on appelle des monnaies de restitution. Un dupondius rare illustre cette pratique : il honore Livie, la femme d’Auguste. L’avers présente le buste diadémé de l’impératrice sous les traits de la Justice (IUSTITIA), tandis que le revers porte la mention IMP.T.CAES.DIVI VESP.F.AUG.REST, signifiant que Titus César, fils du divin Vespasien, a restitué cette frappe.

Cette politique monétaire sert plusieurs objectifs. D’une part, elle rattache les Flaviens à la dynastie des Julio-Claudiens, renforçant leur légitimité. D’autre part, elle promeut le culte impérial. La divinisation des membres de la famille impériale, initiée à la mort d’Auguste, est un pilier de la religion d’État. En honorant Livie ou son propre père, Titus se positionne comme le gardien des traditions et de la piété romaine.
L’attachement de Titus à son père Vespasien est visible sur de nombreux bronzes. Des as trouvés en détection montrent à l’avers le profil de Vespasien, mais la titulature commence par la lettre “T”. Il faut lire IMP T CAES VESP AVG. Cette subtilité indique que la monnaie a été frappée sous l’autorité de Titus en l’honneur de son père. Beaucoup de détectoristes débutants confondent ces frappes avec celles du règne de Vespasien lui-même. C’est une erreur courante. La présence du “T” initial est le marqueur chronologique déterminant prouvant une frappe post-79 ou du moins sous l’autorité directe de Titus César.

Voici un tableau récapitulatif des événements majeurs liés au monnayage de Titus :
| Année | Événement historique | Impact Numismatique / Type monétaire |
| 70 ap. J.-C. | Prise de Jérusalem et destruction du Temple | Début des frappes “Judea Capta” (As, Deniers, Sesterces) |
| 77 ap. J.-C. | Titus Censeur et Consul pour la 6ème fois | Frappe de l’As de Lyon avec revers Judée captive |
| 79 ap. J.-C. | Mort de Vespasien et avènement de Titus | Monnaies de restitution et hommages au “Divin Vespasien” |
| 79 ap. J.-C. | Éruption du Vésuve (Pompéi / Herculanum) | Aucun type spécifique, mais contexte de frappes d’urgence |
| 80 ap. J.-C. | Inauguration du Colisée (Amphithéâtre Flavien) | Sesterces célèbres représentant le Colisée (très rares) |
| 81 ap. J.-C. | Mort de Titus | Fin du monnayage à son effigie, début des frappes de Domitien |
Les sesterces immortalisent l’architecture et les tragédies du règne
Le règne de Titus, bien que bref, coïncide avec l’achèvement du plus grand monument de la Rome antique : le Colisée. Commencé par Vespasien, l’amphithéâtre est inauguré en 80 par Titus lors de jeux grandioses durant cent jours. Des milliers de bêtes sauvages sont sacrifiées. Cet événement est immortalisé par un sesterce en orichalque d’une rareté insigne. L’avers offre une représentation détaillée de l’architecture du monument, tandis que le revers montre Titus assis sur une chaise curule, tenant une branche et un parchemin, symboles de son autorité et de sa générosité.
Malheureusement, cette période est aussi celle des grandes catastrophes. L’éruption du Vésuve le 24 août 79 ensevelit les villes de Pompéi et d’Herculanum, tuant notamment Pline l’Ancien, ami personnel de l’empereur. Titus réagit avec une humanité qui tranche avec l’égoïsme de ses prédécesseurs. Il nomme des curateurs pour gérer les secours, verse des subventions sur sa cassette personnelle et attribue les biens des victimes sans héritiers aux rescapés.
Peu après, en 80, un incendie ravage Rome pendant trois jours, suivi d’une épidémie de peste dévastatrice. Là encore, l’empereur intervient directement. Les textes rapportent qu’il apportait “la sollicitude d’un empereur et la tendresse d’un père”. Sa célèbre phrase “Diem perdidi” (J’ai perdu ma journée), prononcée lorsqu’il n’avait pu accomplir aucun bienfait avant le coucher du soleil, témoigne de cette obsession de la vertu. Ces événements tragiques n’ont pas donné lieu à des types monétaires spécifiques dépeignant les désastres, mais l’abondance des émissions de bronze durant ces deux années reflète sans doute la nécessité de faire circuler l’argent pour la reconstruction et l’aide aux victimes.
Liste des catastrophes gérées par Titus durant son court règne :
- L’éruption volcanique du Vésuve en Campanie.
- Le grand incendie de Rome qui détruisit le Capitole et le Panthéon.
- L’épidémie de peste qui finit par emporter l’empereur lui-même.
L’identification des faux deniers protège le collectionneur averti
La rareté relative des monnaies de Titus, due à la brièveté de son règne, en fait des cibles privilégiées pour les faussaires, tant modernes qu’antiques. Il existe des “faux d’époque”, des pièces fabriquées frauduleusement dès le Ier siècle pour tromper les marchands. Un exemple documenté est un denier hybride trouvé en détection. L’avers porte la légende correcte de Titus (IMP TITVS CAES VESPASIAN AVG P M), mais le revers affiche “PRINCEPS IVVENTVTIS”, un type généralement associé à son frère Domitien à cette période.

L’analyse technique de ces pièces révèle souvent leur nature frauduleuse. Contrairement aux monnaies officielles qui sont frappées (le métal est écrasé entre deux coins), les faux d’époque sont souvent coulés dans des moules. Cette technique de moulage laisse des traces : un aspect flou des lettres, des bulles d’air minuscules à la surface du métal et une texture savonneuse. De plus, les faussaires antiques créaient parfois des combinaisons impossibles en mélangeant un avers de Titus avec un revers disponible, créant ainsi des monnaies hybrides qui n’existent pas dans les registres officiels.
Le collectionneur doit aussi prêter attention au style du portrait et à la cohérence des titres. Le vrai denier avec la légende “Princeps Juventutis” pour Titus est extrêmement rare et représente non pas une figure humaine, mais une chèvre dans une couronne de laurier. La connaissance précise des types monétaires référencés dans les ouvrages spécialisés comme le RIC (Roman Imperial Coinage) est la seule protection efficace contre ces contrefaçons historiques ou modernes. Ces faux, bien que n’étant pas des frappes officielles, gardent un intérêt historique car ils témoignent de l’économie parallèle et de la circulation monétaire aux frontières de l’Empire.















