Pépin le Bref (751-768) fonde la dynastie carolingienne et réforme la monnaie en 755. Il impose un denier d’argent standardisé marqué du monogramme RP (Rex Pipinus). Ces pièces rares, symboles d’un pouvoir de droit divin, unifient économiquement le royaume franc.
Pépin le Bref, fondateur de la dynastie carolingienne, révolutionne le système monétaire franc en imposant le denier d’argent comme standard et en réaffirmant le monopole royal sur la frappe. Les collectionneurs et historiens recherchent activement ces pièces rares portant le monogramme Rex Pipinus (RP) ou Rex Francorum (RF), témoins matériels d’une transition politique majeure où le pouvoir passe des Maires du Palais à une monarchie de droit divin sacrée par la Papauté.
Pépin le Bref instaure la première dynastie carolingienne
Pépin III, surnommé le Bref en raison de sa petite taille supposée, naît en 715 et transforme radicalement la structure politique de l’Europe occidentale. Fils du puissant Charles Martel, il hérite de la charge de maire du palais de Neustrie en 741. Cette période marque la décadence finale des rois mérovingiens, qui ne possèdent plus que le titre sans exercer l’autorité. Pépin partage initialement le pouvoir avec son frère Carloman, maire du palais d’Austrasie.

Les deux frères collaborent pour stabiliser les frontières et réformer l’Église avec l’aide de l’évêque Boniface de Mayence. Ils emprisonnent leur demi-frère Griffon pour éviter toute contestation et replacent temporairement le mérovingien Childéric III sur le trône en 743 pour calmer les révoltes des ducs d’Aquitaine et de Bavière.
La situation politique évolue lorsque Carloman se retire au monastère du Mont-Cassin en 747, laissant Pépin seul maître du royaume franc. Le maire du palais prépare alors méticuleusement sa prise de pouvoir officielle. Il envoie une délégation auprès du pape Zacharie pour poser une question fondamentale sur la nature de la royauté. Le souverain pontife répond que celui qui exerce la réalité du pouvoir doit porter le titre de roi.
Fort de ce soutien spirituel, Pépin dépose Childéric III en novembre 751. Le dernier mérovingien subit la tonsure et finit ses jours enfermé au monastère de Saint-Bertin. Une assemblée de nobles et d’évêques élit alors Pépin roi des Francs à Soissons, inaugurant la dynastie des Carolingiens sans verser de sang.
Le sacre de Saint-Denis légitime la royauté de droit divin
L’accession au trône de Pépin nécessite une nouvelle forme de légitimité pour remplacer l’ascendance héréditaire mérovingienne. L’Église catholique apporte cette justification par le rituel du sacre. Les évêques des Gaules oignent Pépin d’huile sainte, le Saint-Chrême, marquant son front pour lui transmettre l’Esprit Saint. Ce rite, inspiré des rois d’Israël et des Wisigoths, investit le monarque d’une mission divine de protection de l’Église. Le roi ne tient plus seulement son pouvoir des grands seigneurs francs, mais de Dieu lui-même.
La confirmation éclatante de cette nouvelle alliance survient le 28 juillet 754. Le pape Étienne II se déplace en personne à l’abbaye royale de Saint-Denis pour sacrer Pépin une seconde fois. Il confère également l’onction royale à ses deux fils, Carloman Ier et le futur Charlemagne, ainsi qu’à leur mère Bertrade de Laon. Le pape attribue à Pépin le titre de patrice des Romains (Patricius Romanorum), plaçant la sécurité de Rome sous la protection des armées franques. Cet événement scelle le destin de la monarchie française pour onze siècles et marque la rupture politique entre la Papauté et l’empereur byzantin.

La création des États pontificaux renforce le pouvoir royal
En contrepartie de son sacre, Pépin le Bref s’engage à défendre Rome contre les Lombards qui menacent l’Italie. Il mène plusieurs campagnes militaires victorieuses entre 755 et 758. Plutôt que d’annexer les territoires reconquis, le roi franc fait don au pape des terres reprises, incluant Ravenne, Pérouse et la Pentapole. Ce geste fondateur, connu sous le nom de Donation de Pépin, crée le noyau territorial des États pontificaux. Le roi franc affirme ainsi son statut de fils aîné de l’Église et de protecteur du monde chrétien occidental, consolidant son autorité tant sur le plan militaire que spirituel.
La réforme monétaire de 755 standardise le denier d’argent
Pépin le Bref ne se contente pas de réformes politiques ; il restructure entièrement l’économie du royaume par le capitulaire de Ver-sur-Oise édicté vers 754-755. Cette législation vise à mettre fin à l’anarchie monétaire qui prévalait sous les derniers Mérovingiens, où de multiples ateliers frappaient des pièces de poids et d’alois inégaux. Le roi impose un monopole étatique strict sur la frappe de la monnaie.
Le capitulaire définit précisément les caractéristiques du nouveau numéraire. Il ordonne que l’on ne frappe pas plus de 22 solidi par livre, ce qui correspond à 264 deniers. Cette mesure fixe le poids théorique de la pièce autour de 1,24 gramme. Toutefois, les analyses numismatiques montrent des variations, notamment pour les émissions parisiennes qui atteignent souvent 1,70 gramme, présentant un aspect plus large et plus plat que les anciennes monnaies. Cette uniformisation facilite les échanges commerciaux et renforce l’unité économique du vaste territoire franc.
Les monogrammes RP et RF identifient le souverain
L’aspect visuel des pièces change pour refléter la nouvelle autorité royale. Les monnaies de Pépin le Bref sont exclusivement des pièces d’argent. L’avers arbore généralement le monogramme royal, véritable signature du pouvoir. On retrouve principalement deux variantes :
- RP pour Rex Pipinus (Roi Pépin).
- RF ou RX F pour Rex Francorum (Roi des Francs).
Le revers des pièces présente une grande variété de motifs incluant des figures géométriques, des croix, des temples ou le nom de l’atelier de frappe. Cette standardisation visuelle sert de vecteur de propagande, diffusant le nom et le titre du nouveau roi à travers tout le royaume, des marchés de Quentovic aux villes du sud.
Caractéristiques techniques et répartition des ateliers de frappe

Le tableau suivant synthétise les spécificités des émissions monétaires sous le règne de Pépin le Bref, en fonction des ateliers identifiés par les fouilles et les collections numismatiques.
| Atelier Monétaire | Inscription Avers (Type) | Inscription Revers (Type) | Particularités |
| Saint-Denis | R P (sous un tilde) | AVT / TRA / NO | Possible référence à l’abbé Auttramnus. Usage de plaques de plomb pour les coins. |
| Paris | R P (avec 3 besants) | Croix ancrée | Aspect plus plat et large. Poids unifié vers 1,70g. |
| Amiens | Rx et P (monogramme) | A, M, E, I, A, N | Émission extrêmement rare (inédite avec AMB possible). |
| Angers | R P | A, N, D, E | Lettres réparties dans le champ. |
| Cambrais | R P | CAM / RACO | Un des rares ateliers à frapper des oboles et des deniers. |
| Lyon | R P (cantonné de globules) | LVG | Abréviation de Lugdunum. |
| Quentovic | RX F | QUENCI IWIG | Port majeur du royaume, aujourd’hui disparu. |
| Reims | R PI | R (entre croisettes) | Présence de besants décoratifs. |
| Rouen / Verdun | RX F | V I R / D V N | Le nom de la ville est explicite. |
| Dax | Rx et F | A, Q, S | Référence aux eaux (Aquae) de Dax. |
Les ateliers monétaires produisent des deniers d’une grande rareté
La production monétaire sous Pépin le Bref, bien que standardisée, reste limitée en volume comparée aux règnes ultérieurs, ce qui explique l’extrême rareté de ces pièces aujourd’hui. L’atelier de Saint-Denis occupe une place prépondérante. L’histoire numismatique de ce lieu saint débute dès le VIIe siècle avec des tremissis en or.

Sous Pépin, l’atelier situé dans le monastère continue de fonctionner, comme le prouve la découverte d’une épreuve de coin monétaire dans le comblement d’un aqueduc. Les légendes AVT/TRA/NO trouvées sur ces deniers signifient probablement “par le fait de l’abbatiat royal de Saint-Denis”, bien que certains experts évoquent l’atelier d’Antrain.
Paris s’impose également comme un centre de frappe majeur. Les deniers parisiens se distinguent par une esthétique soignée. Pépin transforme le denier mérovingien “dégénéré” en une pièce au flan large. Le motif récurrent est la croix ancrée, dotée de bras pendants et surmontée d’une croisette. Ce symbole chrétien, associé au monogramme RP, remplace les portraits de profil souvent grossiers des époques précédentes. La mention explicite de la ville (PARISIVS) disparaît parfois au profit de cette iconographie religieuse forte.
Les frappes de province témoignent de l’unification du royaume
L’étude des monnaies frappées en dehors de l’Île-de-France révèle l’étendue du contrôle carolingien. Au nord, l’atelier de Quentovic, situé à l’embouchure de la Canche, émet des deniers portant la légende QUENCI IWIG. Ce port de commerce, aujourd’hui disparu suite aux raids normands, était vital pour les échanges avec l’Angleterre. La présence d’un atelier actif confirme l’importance économique de cette zone maritime. De même, Cambrais se singularise en étant l’un des rares sites à produire à la fois des deniers et des oboles, ces dernières étant des divisions de la monnaie principale.

Dans le sud et l’est, les ateliers s’adaptent aussi à la réforme. À Lyon, les pièces portent l’inscription LVG, rappelant l’antique Lugdunum. À Clermont-Ferrand, c’est le monastère de Saint-Cirgues qui supervise la frappe, marquant les pièces de la légende SCI RICI. L’atelier de Dax en Aquitaine utilise les lettres AQS, tandis que Marsal en Moselle présente des monogrammes complexes. Chaque atelier, tout en respectant le poids et le titrage imposés par le roi, conserve des marqueurs identitaires locaux, souvent liés aux institutions ecclésiastiques (abbayes, évêchés) qui gèrent la production sous mandat royal.
Identification des monnaies indéterminées ou très rares
Certaines émissions restent difficiles à attribuer avec certitude ou sont connues à seulement quelques exemplaires. Le denier de Brioux (Deux-Sèvres) reprend des motifs de revers mérovingiens avec une croix et un annelet pointé. À Troyes, une pièce de la plus haute rareté porte la légende TRICAS, signalant la première monnaie royale de cette cité.

Il existe aussi des deniers frappés à Chartres montrant un personnage de face tenant deux croix, une iconographie atypique pour la période. Ces variations démontrent que malgré la volonté centralisatrice du capitulaire de Ver-sur-Oise, l’uniformisation totale des types monétaires a pris du temps à s’imposer sur l’ensemble du territoire franc.
















