Ce guide détaille l’évolution des monnaies des Volques Arécomiques autour de Nîmes. Explorez les types rares à légendes grecques, les oboles à la croix, les drachmes négroïdes et les bronzes coloniaux marquant la transition progressive entre culture gauloise et domination romaine.
L’étude du numéraire des Volques Arécomiques offre une fenêtre unique sur l’évolution politique et culturelle d’un peuple influent du sud de la Gaule, dont le territoire couvrait les actuels départements du Gard et de l’Hérault. Comprendre ces monnaies nécessite d’analyser le passage progressif d’une confédération tribale sous influence grecque vers une colonie romaine structurée autour de sa capitale, Nîmes. Les différents types monétaires, allant des drachmes rares aux bronzes coloniaux, témoignent des alliances, des conflits et de l’intégration économique de cette région stratégique traversée par la voie Domitienne.
Les origines historiques des Volques Arécomiques confirment une implantation progressive
Les historiens modernes réfutent désormais la thèse ancienne d’une invasion brutale des Celtes en Languedoc au IIIe siècle avant notre ère. L’archéologie suggère plutôt un apport progressif de populations continentales se mêlant aux peuples ibéro-ligures. Cette sédentarisation s’accompagne d’un développement agricole et commercial soutenu. Caton l’Ancien mentionne leur présence dès 170 av. J.-C. Cicéron les évoque également dans son plaidoyer pour M. Fonteius vers 69 av. J.-C.
Une fédération de tribus guerrières constitue la structure politique de ce peuple, plutôt qu’une nation centralisée unique. Jules César, dans la Guerre des Gaules, souligne leur position stratégique. Il raconte comment il place des détachements chez les Volques Arécomiques pour contrer les Arvernes qui menacent la Narbonnaise. Cette alliance tactique avec Rome définit leur statut futur. Le territoire s’organise autour de vingt-quatre oppida, comme le rapporte Strabon. Ces agglomérations passent progressivement sous la dépendance politique de Nîmes, capitale incontestée dotée d’un rempart de 30 hectares dès le IIIe siècle av. J.-C.
L’historien Tite-Live offre un récit détaillé du passage d’Hannibal sur ce territoire. Il décrit les Volques comme une nation puissante occupant les deux rives du Rhône. Face à l’armée carthaginoise, les Volques de la rive gauche tentent de faire barrage. Hannibal parvient à acheter la neutralité de certains et à forcer le passage, illustrant la richesse et la complexité diplomatique de ce peuple bien avant la conquête romaine.
L’influence de Marseille (Massalia) marque profondément l’économie locale. Les ports phocéens servent de débouchés commerciaux et de modèles culturels. Les élites locales apprennent le grec et utilisent cet alphabet sur leurs premières monnaies. Cette hégémonie marseillaise perdure jusqu’à la prise de la ville par César en -49. Cet événement marque une rupture : Nîmes récupère alors les prérogatives politiques et son atelier monétaire prend son essor sous le statut de colonie de droit latin.
Le monnayage pré-colonial nîmois révèle une forte empreinte hellénistique
Les premières émissions attribuables à Nîmes, frappées entre -150 et -100, démontrent l’impact culturel de Marseille. Ces pièces utilisent des légendes en caractères latins mais dans un style et une langue inspirés du grec. La rareté de certaines de ces monnaies en fait des objets d’étude prisés.

La drachme dite “au cavalier” reste l’un des exemplaires les plus rares, connue seulement à quelques unités. Elle pèse en moyenne 2,29 g pour un diamètre de 15 mm. L’avers présente une tête diadémée, souvent accompagnée d’une lettre. Le revers met en scène un cavalier galopant tenant deux lances, avec un astre derrière lui. La légende NEMAY figure à l’exergue. Certains experts voient dans ce cavalier une filiation avec les deniers celtibères ou les Dioscures romains, marquant une double influence culturelle.
Un petit bronze accompagne cette émission d’argent. Il figure une tête laurée au droit, avec un double bandeau caractéristique. Le revers montre un cheval passant, queue en panache. La légende NEMAY surmonte l’animal. Le style du portrait rappelle les bronzes marseillais, tandis que le cheval évoque l’art celtique des Arvernes. Cette dualité stylistique prouve la capacité des artisans nîmois à synthétiser les apports extérieurs pour créer une identité visuelle propre.
Le type le plus emblématique de cette période demeure le bronze au sanglier. Frappé massivement entre -100 et -60, il circule encore longtemps après la guerre des Gaules. L’avers montre une tête laurée aux mèches épaisses. Le revers représente un sanglier stylisé, aux poils hérissés et à la queue en tire-bouchon. La légende se lit NAMA au-dessus et SAT à l’exergue. Cette inscription correspond à l’ethnique NAMASATON (Nemausenses), affirmant l’identité du peuple de la source sacrée.

L’identité Volque s’affirme à travers des légendes latines explicites
Une rupture politique majeure intervient entre -60 et -40. Le monnayage abandonne les références grecques pour des légendes latines claires : VOLCAE AREC. Ce changement correspond à la reconnaissance officielle de la fédération par Rome après l’organisation de la province de Narbonnaise. Les autorités romaines reconnaissent l’entité volque comme un interlocuteur privilégié.
L’obole en argent marquée AR VOLC imite les types marseillais à la roue, mais affiche sa propre identité. L’avers présente une tête, peut-être Apollon, avec les lettres AR. Le revers comporte une roue à quatre rayons avec la légende VOLC inscrite dans les cantons. Bien que rare, cette monnaie prouve l’existence d’une structure économique capable d’émettre de l’argent de bon aloi.

Un petit bronze à l’aigle complète cette série. L’avers montre une tête diadémée de style grec. Le revers figure un aigle aux ailes déployées, tenant une lance dans son bec et une couronne dans sa serre. Il s’inspire directement du denier romain de Q. Pomponius Rufus émis vers 73 av. J.-C. Cette imitation volontaire d’un type romain démontre l’alignement politique des aristocrates volques sur la République romaine.
Le type le plus courant est le bronze dit “au personnage en toge” ou “au Démos”. L’avers présente un buste féminin, souvent identifié à Diane ou Cérès, avec la légende VOLCAE. Le revers montre un personnage debout, vêtu de la toge, avec la légende verticale AREC. L’interprétation de ce revers varie : personnification du peuple (Démos) ou symbole de l’obtention du droit latin. La grande diffusion de cette monnaie, retrouvée jusqu’en Grande-Bretagne, témoigne du dynamisme commercial des Volques avant l’hégémonie totale de Nîmes.

Les premières émissions coloniales de Nîmes célèbrent le culte local
Après la victoire de César et l’affaiblissement de Marseille, Nîmes devient le centre politique incontesté. Une série de monnaies à légende COL NEM (Colonia Nemausensis) apparaît entre -40 et -30. Ces émissions précèdent le célèbre as au crocodile et marquent les débuts de la colonie.
L’obole en argent de cette période adopte un style très romanisé. Elle présente une tête casquée (Rome ou un guerrier) et la légende NEM COL dans une couronne au revers. Son poids s’aligne sur les standards des dernières oboles marseillaises, facilitant les échanges régionaux. Une variante rare montre une tête barbue, tandis qu’une autre présente une tête imberbe. Ces pièces ont une diffusion restreinte autour de la cité, suggérant une frappe à but politique ou identitaire.
Deux bronzes rares illustrent la piété de la nouvelle colonie. Le premier, dit “à la colonie sacrifiant”, représente un personnage féminin versant une offrande au-dessus de deux serpents. Cette scène évoque la santé (Salus) ou le culte local. Le second type montre une urne renversée entre deux palmes. Cette iconographie fait directement référence à la source sacrée de Nemausus, divinité tutélaire de la ville, dont les eaux étaient réputées pour leurs vertus thérapeutiques. La lettre Q visible sur l’avers pourrait indiquer une valeur de quadrans.
Voici un récapitulatif des caractéristiques techniques de ces émissions coloniales primitives :
| Type monétaire | Légende | Métal | Poids moyen | Diamètre | Datation estimée |
| Obole Type 1 & 2 | NEM COL | Argent | 0,21 – 0,56 g | 9 – 11 mm | -40 à -30 av. J.-C. |
| Bronze “Colonie” | NEM COL | Bronze | 0,31 – 2,85 g | 13 – 17 mm | -40 à -30 av. J.-C. |
| Bronze “Urne” | NEM COL | Bronze | 0,60 – 1,26 g | 11 – 12 mm | -40 à -30 av. J.-C. |
Les oboles à lettres révèlent une organisation territoriale complexe
Une série d’oboles en argent, longtemps attribuée à Marseille, est aujourd’hui restituée aux Volques Arécomiques. Ces pièces imitent les oboles massaliotes à la roue mais se distinguent par un style de coiffure particulier et la présence de lettres. Les trouvailles se concentrent sur les oppida du Gard, comme Nages et Ambrussum.

Le portrait de l’avers se caractérise par une chevelure formant une ligne de “P” (PPP). Ce trait stylistique unique permet d’identifier l’atelier arécomique. Le revers conserve la roue à quatre rayons avec les lettres MA, imitant la signature de Marseille pour garantir l’acceptation de la monnaie. Cependant, des lettres ajoutées sur l’avers ou le revers (N, A, T, L) différencient ces émissions.
Ces lettres énigmatiques pourraient désigner des magistrats ou des ateliers secondaires situés dans les différents oppida du territoire. Voici les principales variantes répertoriées :
- Obole au T
- Obole au N (très courante)
- Obole au NA
- Obole au NΛ
- Obole au NAT
- Obole au ALN ou ANΛ
Une émission spécifique mérite une attention particulière : l’obole AMBR. Trouvée sur le site d’Ambrussum, elle porte explicitement le nom de cet oppidum important situé sur la voie Domitienne. Connue à seulement deux exemplaires, elle prouve l’existence d’ateliers locaux émettant de la monnaie au nom de communautés spécifiques au sein de la fédération volque.
La drachme à la tête négroïde possède une variante arécomique spécifique
Les drachmes dites “à la tête négroïde” sont célèbres dans le sud-ouest de la Gaule. Longtemps attribuées exclusivement aux Tectosages de la région toulousaine, une variante est désormais identifiée comme une production des Volques Arécomiques. La découverte d’un coin de revers sur l’oppidum de Villevieille confirme cette attribution locale.

Cette drachme se distingue par le traitement de la chevelure à l’avers. Elle comporte une torsade de S inversés sur la partie supérieure et une rangée de motifs en forme d’épis (Y et V) partant de l’œil vers l’oreille. Le cou est souvent détaché par deux arcs de cercle. Le revers présente une croix bouletée avec un annelet dans le second canton et des lunules (croissants) en périphérie.
Le poids moyen de cette variante (2,25 g) est inférieur à celui des types toulousains. Un fait notable est la très forte proportion de monnaies fourrées (âme en cuivre recouverte d’argent) dans cette série. Cela suggère deux phases de production : une première émission en bon argent vers -150/-125, suivie d’une production dévaluée ou de nécessité, utilisant la technique du fourrage, perdurant jusqu’au milieu du Ier siècle avant notre ère. Ces pièces illustrent la complexité des échanges monétaires et l’adaptation des ateliers locaux aux besoins économiques de la région.
















