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Baïonnette Lebel 1886 Rosalie : Histoire et Identification

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Les baïonnettes et leurs fourreaux

Surnommée Rosalie, la baïonnette modèle 1886 du fusil Lebel possède une lame quadrangulaire unique. Simplifiée en 1915 par la suppression du quillon et dotée de poignées variées, cette arme emblématique des Poilus se révéla pourtant trop encombrante pour les tranchées.

L’épée-baïonnette modèle 1886, plus communément appelée Rosalie, constitue une arme emblématique de l’infanterie française durant la Première Guerre mondiale, caractérisée par sa lame quadrangulaire unique conçue pour le fusil Lebel et par ses nombreuses modifications industrielles dictées par les nécessités du conflit.

La baïonnette Modèle 1886 possède une conception unique à lame quadrangulaire

La silhouette de cette arme blanche tranche radicalement avec les standards de l’époque. Une longueur totale de 640 mm pour une lame de 520 mm confère à l’ensemble une allonge impressionnante. La particularité majeure réside dans le profil de sa lame. Les ingénieurs militaires ont opté pour une forme quadrangulaire à section ronde, dotée de quatre pans creux usinés dans l’acier. Cette géométrie spécifique vise un objectif technique précis : allier une grande solidité à une légèreté indispensable pour le fantassin.

Les baïonnettes et leurs fourreaux

Une légende tenace entoure cette architecture singulière. On raconte souvent que cette forme cruciforme servait à provoquer des blessures impossibles à cicatriser, entraînant des hémorragies internes fatales. La réalité industrielle diffère de ce mythe populaire. L’usinage des pans creux répondait avant tout à des contraintes de poids et de rigidité mécanique. Cependant, cette recherche de légèreté a montré ses limites sur le terrain. Les longues “piques” fines et acérées de la baïonnette française se révélaient fragiles et cassaient fréquemment lors des manipulations brutales.

La fixation de la lame à la poignée a également subi des ajustements techniques majeurs. Les premières séries de fabrication comportaient une soie très courte, s’arrêtant au niveau de la virole. Cette conception initiale manquait de robustesse. Dès 1890, les arsenaux modifient le processus de fabrication pour prolonger la soie sur toute la longueur de la poignée. Un écrou situé au niveau du pommeau assure dès lors un maintien ferme et durable, corrigeant le défaut de fragilité originel.

L’évolution des matériaux de la poignée répond aux pénuries de guerre

L’étude des matériaux utilisés pour la poignée de la Rosalie permet de dater précisément la fabrication d’un exemplaire et de comprendre les tensions sur les matières premières stratégiques. À l’origine, les poignées sont exclusivement réalisées en maillechort, un alliage de cuivre, nickel et zinc offrant une belle résistance à la corrosion et un aspect argenté. Ce métal équipe la majorité des baïonnettes produites avant le début des hostilités majeures.

Rosalie à quillon coupé trouvée par Yoyo avec un G2 équipé d’un disque NEL BIG 43cm.

L’entrée en guerre et la consommation effrénée de munitions changent la donne industrielle. Le cuivre et le nickel deviennent indispensables pour la fabrication des douilles et des balles. Le 25 octobre 1914, l’état-major autorise l’emploi du laiton pour les poignées. Cette transition marque le début des productions de guerre massives. Le laiton, bien que stratégique, reste plus accessible que le maillechort pour équiper les millions de mobilisés.

La guerre s’éternisant, une nouvelle adaptation s’impose pour économiser les métaux non ferreux. L’autorisation du 11 avril 1917 introduit l’usage de la fonte grise pour la poignée. Ces modèles en fer sont aujourd’hui moins fréquents. Ils témoignent de l’effort de guerre total et de la rationalisation extrême des ressources vers la fin du conflit. Les collectionneurs recherchent particulièrement ces variantes tardives qui illustrent l’urgence de la production militaire française.

Voici un tableau récapitulatif des principales variantes de poignées :

Période / Date d’autorisationMatériau de la poignéeContexte de productionRareté actuelle
Avant octobre 1914Maillechort (Alliage cuivre/nickel/zinc)Production de paix et début de guerreCourant
À partir du 25 octobre 1914LaitonÉconomie de nickelCourant
À partir du 11 avril 1917Fonte grisePénurie de métaux non ferreuxPlus rare

La suppression du quillon simplifie la production du Modèle 1886-15

Le quillon, cette partie recourbée de la garde servant initialement à former les faisceaux de fusils, constitue un élément visuel déterminant pour identifier le modèle. Au début de l’année 1915, le commandement décide de simplifier drastiquement la manufacture de l’arme. La suppression du quillon donne naissance au Modèle 1886-15. Cette décision vise à accélérer les cadences de production pour répondre aux pertes matérielles colossales des premiers mois de combat.

Il existe une variante intermédiaire intrigante nommée “à quillon coupé”. Sur ces exemplaires, le crochet a été scié ou meulé. L’absence d’archives précises laisse planer le doute sur l’origine de cette modification. Certains historiens y voient une transformation en manufacture préludant au nouveau standard. D’autres privilégient la thèse d’une adaptation de terrain réalisée par les ateliers régimentaires. On justifie souvent cette ablation par la volonté d’éviter que la baïonnette ne s’accroche dans les réseaux de barbelés, bien qu’aucun document officiel ne confirme cette hypothèse pratique.

A gauche une 1886 à poignée en maillechort, à droite une 1886-15 à poignée en laiton.

Le nouveau standard 1886-15 se caractérise par une croisière avant rectangulaire et un bouton de virole plat et semi-circulaire. Le numéro du fusil est frappé sur cette partie métallique. La production de ce modèle simplifié s’étend à de nombreux sous-traitants civils, entraînant parfois de légères variations dimensionnelles. Une version spécifique fabriquée aux États-Unis par l’entreprise Remington en 1916 se reconnaît à son avant de poignée plat et à un bec de pommeau plus volumineux, témoignant de l’aide internationale apportée à l’armement français.

Le fourreau en acier assure la protection et l’identification de l’arme

Le fourreau de la baïonnette Lebel joue un rôle protecteur pour la longue lame quadrangulaire. Fabriqué en tôle d’acier, il adopte une forme conique simple terminée par une goutte sphérique. Un pontet situé près de l’embouchure permet de l’assujettir au porte-fourreau en cuir fauve adopté en 1916. Ce pontet reçoit le numéro du fusil, permettant au soldat d’associer sans erreur son arme à feu et sa baïonnette.

Les conditions effroyables des tranchées ont imposé une modification structurelle à cet accessoire apparemment simple. La boue et l’eau s’accumulaient au fond du tube étanche, risquant de corroder la lame ou de gêner le rengainage. En 1914, l’autorité militaire décide de percer un trou à l’extrémité du fourreau. Cet orifice de drainage permet l’évacuation des liquides et des débris, prolongeant la durée de vie de l’équipement dans un environnement hostile.

La polyvalence de cette arme blanche dépasse le seul fusil Lebel. Sa conception permet son montage sur plusieurs types d’armes d’épaule utilisées par l’armée française tout au long du conflit et même au-delà.

Les armes compatibles avec la Rosalie incluent :

  • Le fusil Lebel Mle 1886 et 1886-93.
  • Le fusil Berthier 07-15.
  • Le fusil Berthier modifié 1916.
  • Les fusils semi-automatiques Mle 1917 et 1918.
Rosalie à quillon coupé trouvée par Yoyo avec un G2 équipé d’un disque NEL BIG 43cm.

L’efficacité réelle de Rosalie au combat souffre de la guerre de tranchées

Le surnom “Rosalie” provient d’une chanson de Théodore Botrel, chansonnier breton qui a grandement contribué à la propagande patriotique. Ce prénom féminin personnifie l’arme, censée incarner la “Furia Francese” et les charges héroïques à la baïonnette. L’imaginaire collectif associe cet objet aux pantalons rouges et aux assauts glorieux du début de guerre. Pourtant, les Poiluseux-mêmes utilisaient peu ce terme, préférant des appellations plus prosaïques comme “fourchette” ou “tire-boche”.

La réalité tactique de la guerre de position a rapidement rendu cette arme obsolète. L’ensemble formé par le fusil et la baïonnette mesure 1,82 mètre, une longueur excessive pour se mouvoir dans l’étroitesse des boyaux et des abris. Les soldats surnomment ironiquement cet équipement encombrant “canne à pêche”. Lors des corps-à-corps, la longueur de la lame devient un handicap mortel. Il est difficile de la retirer rapidement du corps d’un adversaire, exposant le soldat français à une contre-attaque immédiate dans la cohue de la mêlée.

Face à ces limites techniques, les combattants délaissent la baïonnette pour le combat rapproché. Les troupes d’assaut et les nettoyeurs de tranchées privilégient des armes plus maniables et brutales. Le revolver, la grenade, la pelle de tranchée affûtée ou le couteau de tranchée remplacent avantageusement la longue épée-baïonnette. Sur les photos d’époque, on observe souvent que la Rosalie sert davantage de patère plantée dans la paroi de la tranchée pour accrocher une musette que d’arme offensive. Elle reste néanmoins en dotation jusqu’en 1940, équipant les fils des combattants de la Grande Guerre.

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