Septime Sévère (193-211) fonde la dynastie des Sévères après une guerre civile. Son monnayage abondant, véritable outil de propagande militaire, célèbre ses légions et sa famille. Il rétablit l’ordre par la force, dévalue le denier et meurt en Bretagne.
Septime Sévère met fin à l’instabilité politique de l’année 193 en instaurant une monarchie militaire qui perdurera jusqu’en 235. Originaire de Tripolitaine, cet empereur utilise une frappe monétaire abondante pour rémunérer ses troupes et diffuser une propagande politique efficace à travers tout l’Empire romain. Son règne marque un tournant historique où les origines provinciales et le soutien inconditionnel des légions deviennent la source unique de la légitimité impériale, reléguant le Sénat au second plan et ouvrant la voie à la dynastie des Sévères.
L’ascension violente vers le pouvoir impérial en 193

L’assassinat de l’empereur Commode le 31 décembre 192 plonge Rome dans une période de chaos immédiat. Les conspirateurs placent Pertinax sur le trône, mais ce dernier hérite de caisses vides. Sa tentative de restaurer la discipline au sein de la garde prétorienne provoque sa chute. Il meurt assassiné après seulement trois mois de règne. Cette brièveté explique pourquoi les monnaies à son effigie restent rares et recherchées par les numismates. Les prétoriens, conscients de leur pouvoir, mettent alors l’Empire aux enchères. Le riche sénateur Didius Julianus remporte cette offre grotesque et se fait nommer princeps.
Cette situation révolte les légions stationnées aux frontières. Trois généraux sont acclamés par leurs troupes respectives : Pescennius Niger en Syrie, Clodius Albinus en Bretagne et Septime Sévère en Pannonie Supérieure. Septime Sévère réagit avec une rapidité foudroyante. Il marche sur Rome avec le soutien des armées du Rhin et de Germanie. Le Sénat, voyant le rapport de force, condamne Didius Julianus à mort.
Septime Sévère pénètre dans la capitale le 9 juin 193 sans livrer bataille. Il convoque la garde prétorienne pour un banquet, fait cerner le camp par ses propres soldats et désarme les traîtres. Il licencie l’intégralité de cette garde corrompue pour la remplacer par des soldats pannoniens fidèles. Cette action décisive sécurise sa position à Rome et lui permet de se concentrer sur ses rivaux en province.
L’élimination méthodique des rivaux Pescennius Niger et Clodius Albinus
La prise de Rome ne suffit pas à garantir la paix. Pescennius Niger, maître de l’Orient, contrôle neuf légions et bénéficie du soutien de l’Égypte, grenier à blé de l’Empire. Septime Sévère neutralise temporairement le danger venu de Bretagne en offrant le titre de César à Clodius Albinus. Il part ensuite en campagne vers l’Est. Ses troupes, plus endurantes que celles de son adversaire, forcent le passage des Monts Taurus. Niger subit plusieurs défaites avant d’être capturé et décapité à Cyzique en 194. Les frappes monétaires de Niger, portant des légendes comme BONA SPEI ou INVICTO IMP, cessent définitivement.

Le conflit avec Clodius Albinus devient inévitable dès 195. Septime Sévère le déclare ennemi public après avoir consolidé son pouvoir en Orient. Albinus traverse la Manche avec 40 000 hommes pour affronter l’armée impériale. La rencontre décisive a lieu en février 197 près de Lugdunum (Lyon). Cette bataille constitue l’un des affrontements les plus sanglants entre armées romaines. Septime Sévère l’emporte et Albinus se donne la mort.
La violence des combats autour de Lyon se lit dans les archives du sol. De nombreux dépôts monétaires enfouis à la hâte, comme le dépôt de Genas contenant 2000 deniers, témoignent de la panique qui saisit les partisans d’Albinus. La répression s’abat férocement sur l’aristocratie gauloise et espagnole qui avait soutenu l’usurpateur.
Les monnaies de Septime Sévère assurent sa légitimité dynastique
Septime Sévère comprend que la force militaire doit s’accompagner d’une légitimité symbolique forte. Il procède à une “auto-adoption” fictive en se proclamant fils de Marc Aurèle et frère de Commode. Cette manœuvre politique audacieuse le rattache artificiellement à la prestigieuse dynastie des Antonins. Les portraits sur ses monnaies évoluent pour refléter cette filiation : il arbore une barbe fournie rappelant celle du philosophe Marc Aurèle, bien que la réalité physique fût différente.

L’empereur associe rapidement sa famille au pouvoir pour garantir sa succession. Son épouse, Julia Domna, reçoit le titre d’Augusta et apparaît sur de nombreuses émissions monétaires, parfois avec la légende MATER CASTRORUM (Mère des camps). Ses deux fils, Caracallaet Geta, figurent également sur les deniers et les aurei, présentés comme les garants de l’avenir de l’Empire.
Cette stratégie de communication visuelle inonde les provinces. Les revers des pièces insistent sur la concorde au sein de la famille impériale, masquant la haine réelle que se vouent les deux frères. Le tableau ci-dessous résume les principaux acteurs de cette période troublée.
| Personnage historique | Statut | Fin | Type de monnayage notable |
| Pertinax | Empereur légitime (193) | Assassiné | Rare, règne court (3 mois) |
| Didius Julianus | Usurpateur (193) | Exécuté | Très rare, achat du trône |
| Pescennius Niger | Usurpateur (Orient) | Décapité | Similaire à Sévère, ateliers d’Antioche |
| Clodius Albinus | César puis Usurpateur | Suicide | Frappé à Lyon, portrait tête nue ou laurée |
| Septime Sévère | Empereur (193-211) | Mort naturelle | Propagande dynastique et militaire |
Le soutien indéfectible des légions gravé sur le métal
L’armée constitue le socle du pouvoir sévérien. Conscient du sort funeste de ses prédécesseurs, Septime Sévère augmente la solde des légionnaires et améliore leurs conditions de vie. Il leur permet de vivre avec leur famille hors du camp et officialise les unions matrimoniales des soldats. Cette générosité se traduit par une production monétaire spécifique célébrant la fidélité des troupes.

Les séries légionnaires frappées en 193 occupent une place centrale dans cette numismatique militaire. Les deniers et aurei affichent les noms des unités ayant soutenu sa marche sur Rome. On retrouve fréquemment :
- La LEG XIIII Gemina (14e légion)
- La LEG VIII Augusta (8e légion)
Ces pièces présentent au revers l’aigle légionnaire flanqué de deux enseignes militaires. Elles servent de gratification immédiate (donativum) pour s’assurer la loyauté des hommes avant les affrontements contre Niger et Albinus. L’empereur ne manque jamais de rappeler que sa victoire dépend de la VIRTVS AVGG (la virilité/courage des Augustes) et de la faveur des dieux guerriers.
La célébration des jeux séculaires et des divinités africaines
Septime Sévère n’oublie jamais ses racines africaines. Né à Leptis Magna, il favorise sa cité natale et intègre ses divinités protectrices au panthéon romain officiel. Les dieux Bacchus (Liber Pater) et Hercule figurent sur les monnaies avec la légende DI PATRII (Dieux de la Patrie). Cette mise en avant de cultes provinciaux au sommet de l’État constitue une innovation religieuse marquante. Il fait ériger le Septizodium à Rome, une fontaine monumentale destinée à impressionner les voyageurs arrivant d’Afrique.

L’année 204 marque l’apogée du règne avec l’organisation des Jeux Séculaires (Ludi Saeculares). Ces célébrations grandioses, censées marquer la fin d’un siècle et le début d’un nouveau, donnent lieu à des émissions monétaires spécifiques. Les revers montrent des scènes de sacrifice ou des représentations du stade de Domitien avec la légende LVD SAEC FEC.
L’empereur voyage beaucoup, notamment en Égypte où il rend hommage au tombeau d’Alexandre le Grand. Il réorganise l’administration des provinces pour éviter qu’un gouverneur ne puisse accumuler trop de pouvoir, divisant par exemple la Syrie en deux. Ces réformes administratives s’accompagnent d’une activité législative intense, l’empereur s’impliquant personnellement dans les affaires de justice civile.
Une fin de règne marquée par la guerre en Bretagne et l’inflation
Les dernières années de Septime Sévère se déroulent loin de Rome. En 208, il part en Bretagne (l’actuelle Grande-Bretagne) avec ses fils pour combattre les tribus calédoniennes qui menacent la frontière nord. La campagne est pénible et ne permet pas de victoire décisive, malgré la restauration du Mur d’Hadrien. L’empereur, souffrant de la goutte, dirige les opérations depuis une litière.
L’effort de guerre permanent et les largesses accordées à l’armée pèsent lourdement sur les finances impériales. C’est sous son règne que la teneur en argent du denier commence à baisser significativement. Cette dévaluation permet de frapper plus de pièces avec la même quantité de métal précieux, mais elle amorce une inflation qui s’aggravera au cours du IIIe siècle.
Septime Sévère meurt à Eburacum (York) le 4 février 211. Ses derniers mots, rapportés par les historiens, résument sa philosophie politique : “Maintenez la concorde, enrichissez les soldats et moquez-vous du reste”. Ce conseil pragmatique ne suffira pas à empêcher Caracalla d’assassiner son frère Geta peu après leur retour à Rome, plongeant la dynastie dans le sang qu’il avait tenté d’éviter.















