Constantin réforme le système monétaire romain en créant le Solidus d’or stable et en multipliant les bronzes comme le Follis. Ses pièces, outils de propagande politique et religieuse, marquent la transition vers l’Empire chrétien et l’essor de Constantinople.
Constantin transforme profondément l’Empire romain en adoptant le christianisme et en fondant Constantinople. Son règne marque une rupture politique et religieuse qui se reflète immédiatement dans la production numismatique de l’époque. Les collectionneurs et historiens rencontrent fréquemment des monnaies de bronze, témoins d’une activité économique intense et d’une propagande impériale omniprésente, alors que les frappes en or et argent demeurent exceptionnelles. L’étude de ce monnayage révèle les réformes économiques, les luttes de pouvoir et l’évolution de l’iconographie romaine entre 306 et 337.
L’instabilité politique de la tétrarchie favorise une production monétaire complexe
La fin de la tétrarchie engendre une période de forte instabilité politique au début du IVème siècle. Le système mis en place par Dioclétien, reposant sur deux Augustes et deux Césars, s’effondre rapidement après l’abdication conjointe de 305. Les conflits de succession se multiplient entre la filiation adoptive et la filiation réelle. Constance Chlore et Galère dirigent l’Empire, mais leurs fils respectifs revendiquent le pouvoir. Cette situation chaotique entraîne une multiplication des autorités émettrices de monnaie. Beaucoup de pièces portent le nom de membres de la famille impériale, d’héritiers ou de prétendants au trône.

Constantin, fils de Constance Chlore, entre en scène dans ce contexte troublé. Acclamé par les troupes à York en 306 après la mort de son père, il est proclamé César par Galère. Simultanément, d’autres figures comme Maxence, fils de Maximien, usurpent le pouvoir à Rome. L’Empire se fragmente. On assiste même à une heptarchie avec sept empereurs simultanés. Cette anarchie militaire ressemble à celle du IIIe siècle. Chaque prétendant frappe monnaie pour payer ses troupes et affirmer sa légitimité. Les ateliers monétaires tournent à plein régime pour soutenir l’effort de guerre de chaque faction.
La situation se clarifie progressivement par les armes. Constantin élimine ses rivaux un par un. Il vainc Maxence à la bataille du pont Milvius en 312, prenant le contrôle de l’Occident. Une nouvelle diarchie s’installe alors avec Licinius, maître de l’Orient. Cette alliance temporaire, scellée par un mariage, permet une certaine uniformisation des frappes monétaires. Cependant, l’ambition des deux hommes mène à un nouvel affrontement. Constantin défait Licinius en 324 et réunifie l’Empire sous une autorité unique pour la première fois depuis quarante ans.
Désormais seul maître à bord, Constantin règne assisté de ses fils, élevés au rang de Césars. Crispus, Constantin II, Constance II et Constant apparaissent sur les monnaies comme héritiers présomptifs. L’administration impériale utilise ces supports pour présenter la dynastie constantinienne et assurer la succession. Les portraits de ces jeunes princes inondent les provinces, préparant les populations à la continuité du pouvoir. La production monétaire devient un instrument central de la stabilité politique retrouvée.
La réforme du système monétaire impose le solidus comme référence
L’inflation galopante caractérise l’économie romaine depuis la fin du IIIème siècle. Les réformes de Dioclétien n’ont pas suffi à endiguer la perte de valeur des espèces circulantes. Constantin prend des mesures radicales pour assainir les finances de l’État. Il introduit une nouvelle monnaie d’or en 309 : le solidus. Cette pièce remplace l’aureus et devient la clé de voûte du système. Elle est taillée au 1/72e de livre d’or, contre 1/60e pour l’aureus précédent.

La réussite de cette réforme repose sur la quantité d’or disponible. Constantin ordonne la confiscation des stocks d’or conservés dans les temples païens. Cet afflux massif de métal jaune permet de frapper des millions de solidi. La monnaie d’or gagne ainsi une stabilité remarquable qui perdurera pendant des siècles, notamment dans l’Empire byzantin. Le terme “solidus” traverse les âges pour devenir le “sou”, base de la monnaie de compte au Moyen Âge.
Cette stabilité de l’or contraste avec la dévaluation continue des monnaies de bronze et d’argent. Le fossé se creuse entre les riches, qui manipulent l’or, et les couches modestes de la population, contraintes d’utiliser des espèces fiduciaires dont la valeur réelle fond. L’appauvrissement des classes populaires s’accentue malgré la reprise des échanges commerciaux. Le système monétaire favorise les transactions de l’État et de l’armée, payés en or, au détriment du petit commerce local.
Les ateliers monétaires s’adaptent à ces nouvelles directives. La frappe de l’or est centralisée et surveillée de près. Les émissions de bronze, quant à elles, sont massives et servent aux échanges quotidiens. Cette dualité du système monétaire constantinien marque durablement l’économie antique. La confiance dans la monnaie repose désormais entièrement sur la qualité et le poids du solidus, véritable étalon de valeur pour tout le bassin méditerranéen.
Les frappes en argent restent rares et limitées à certains ateliers
Les monnaies en argent du règne de Constantin sont peu nombreuses. Seule une minorité d’ateliers émettent ces espèces. Le corpus comprend principalement le Miliarense, la Silique et l’Argenteus. Les lieux de production se situent majoritairement à Constantinople, Sirmium, Nicomédie, Siscia, Rome et Trèves. Cette concentration géographique indique une utilisation spécifique, probablement liée aux donativum (distributions d’argent aux troupes) ou aux besoins de la cour impériale.

La qualité de cet argent pose souvent question. L’atelier de Trèves produit des monnaies en billon à partir de 313 avec une teneur en argent de 25 %. Ce titre élevé ne dure pas. La majorité des pièces de cette période subissent une opération de sauçage. Les ouvriers appliquent une fine couche d’argent sur une âme en bronze ou en cuivre. Cette pellicule représente généralement entre 1 et 5 % du métal total.
L’économie influence directement la teneur en argent. En période de prospérité, le taux avoisine les 5 %. Lorsque l’économie stagne, ce pourcentage chute. À la fin du règne de Constantin, la part d’argent descend sous la barre des 1 %. Cette pratique vise à maintenir la confiance du public dans la valeur faciale de la monnaie, malgré une valeur intrinsèque faible.
Les procédés chimiques utilisés pour blanchir les flans sont ingénieux. Des analyses modernes révèlent parfois la présence de mercure. Les autorités luttent contre la fraude au sein même des ateliers. Une loi promulguée en 349 punit sévèrement les employés d’officines qui séparent le bronze de l’argent pour détourner le métal blanc. Ces pratiques témoignent des difficultés techniques et économiques pour maintenir une circulation d’argent de bon aloi.
Le solidus d’or assure la pérennité économique de l’empire
Le solidus s’impose comme la grande réussite de Constantin. Introduit vers 309-310, il supplante définitivement les anciennes dénominations. Son poids théorique est fixé à 4,55 grammes. Cette standardisation rigoureuse permet au commerce international de disposer d’un outil fiable. Les marchands acceptent cette pièce aux quatre coins de l’Empire et bien au-delà des frontières, rassurés par son titre constant.

Il existe plusieurs divisions et multiples de cette monnaie. Le système comprend le semissis (demi-solidus) et le scripulum (ou 1,5 scrupule). À l’inverse, des médaillons d’or, multiples de solidi, servent de cadeaux diplomatiques ou de récompenses pour les hauts dignitaires. Ces objets de prestige véhiculent l’image de la puissance impériale.
La rareté de ces pièces en contexte archéologique est extrême. En dix ans de prospection et d’études, très peu d’exemplaires sortent de terre en France. L’or, thésaurisé et refondu au fil des siècles, ne se perd pas. Les trouvailles isolées de solidi restent des événements exceptionnels pour les numismates.
Le nom même du solidus a marqué l’histoire linguistique et monétaire. Déformé en “sou”, il structure le système livre-sou-denier utilisé en Europe jusqu’à l’époque moderne. Constantin a non seulement réformé les finances de son temps mais a aussi légué un standard monétaire qui survivra à la chute de Rome.
Le bronze inonde le marché pour les échanges quotidiens
Les monnaies de bronze constituent l’immense majorité des trouvailles. Elles témoignent de la vitalité des échanges et de la nécessité de numéraire pour la vie quotidienne. On recense plus de 1360 variantes dans le RIC VII pour la seule période 313-337. Cette abondance s’explique par la réforme de Dioclétien qui avait introduit le Follis, une grande pièce contenant environ 4 % d’argent.

Constantin modifie ce système à plusieurs reprises. En 318, une réforme entraîne le retrait massif des types précédents. Cela provoque une thésaurisation importante, expliquant les nombreux dépôts monétaires enfouis à cette date. Le module des pièces diminue progressivement. On passe du follis lourd au follis réduit, puis au nummus.
Le poids du nummus chute drastiquement. En 330, Constantin fixe le poids au 1/132ème de livre. Le taux de fin tombe à 1,1 %. Une nouvelle réduction intervient en 336, taillant la monnaie au 1/192ème de livre. Ces petites pièces, souvent mal frappées vers la fin du règne, inondent les marchés. Les imitations d’époque foisonnent également, produites localement pour pallier les manques de numéraire officiel.
Voici les principales évolutions des dénominations de bronze sous Constantin :
- Follis lourd (introduit par Dioclétien, utilisé au début du règne).
- Follis réduit (baisse de poids progressive).
- Nummus (petite monnaie de bronze, standard à partir de 318).
- Types commémoratifs de petit module (après 330).
Cette production de masse utilise le bronze comme vecteur de communication. Malgré leur faible valeur, ces pièces portent des messages politiques forts. L’administration impériale s’assure que même les transactions les plus humbles rappellent la gloire de l’Empereur et la protection des dieux, puis du Dieu chrétien.
Les types de revers illustrent la propagande impériale
Les revers des monnaies de Constantin offrent une variété impressionnante de plus de 100 types. Ils servent de journal officiel, diffusant les victoires, les vertus du prince et les changements religieux. Au début du règne, les références païennes dominent. Le Soleil (Sol) et Mars sont omniprésents. Le type Soli Invicto Comiti associe directement l’empereur au dieu solaire, culte très populaire dans l’armée.

Progressivement, la symbolique évolue. Après la victoire sur Licinius et la fondation de Constantinople, les thèmes deviennent plus civiques et dynastiques. Les types Urbs Roma et Constantinopolis célèbrent les deux capitales de l’Empire. Le célèbre revers Gloria Exercitus (La gloire de l’armée) montre deux soldats entourant des enseignes militaires, soulignant le rôle central des légions dans le maintien du pouvoir.
Le tableau suivant présente les caractéristiques techniques et visuelles de trois types emblématiques frappés sous Constantin :
| Type de Monnaie | Dates de frappe | Description Avers (Avant) | Description Revers (Arrière) |
| Follis (Soli Invicto) | 310 – 311 | Buste lauré et cuirassé de Constantin à droite. Légende : IMP CONSTANTINVS AVG. | Le Soleil (Sol) radié debout, levant la main droite et tenant un globe. Légende : SOLI INVICTO COMITI (Au compagnon le Soleil Invincible). |
| Nummus (Victoriae Laetae) | À partir de 318 | Buste casqué et cuirassé tenant une lance. Légende : IMP CONSTANTINVS AVG. | Deux Victoires face à face tenant un bouclier inscrit VOT PR sur un autel. Légende : VICTORIAE LAETAE PRINC PERP. |
| Follis (Marti Patri) | 307 – 308 | Buste lauré et cuirassé de Constantin à droite. Légende : IMP CONSTANTINVS P F AVG. | Mars casqué courant à droite, tenant une lance et un bouclier. Légende : MARTI PATRI PROPVGNATORI (À Mars protecteur de la Patrie). |
La fin du règne voit apparaître des types plus abstraits ou chrétiens, bien que l’iconographie reste prudente. Le regard de l’empereur sur certains portraits, tourné vers le ciel, suggère une inspiration divine. L’arrêt de certains types comme le Gloria Exercitus en 341 marque la fin d’une époque numismatique.
L’article L 542 du Code du Patrimoine encadre strictement la recherche de ces objets historiques. L’utilisation de détecteurs de métaux pour la recherche d’objets pouvant intéresser l’histoire, l’art ou l’archéologie nécessite une autorisation administrative. Cette législation protège le contexte archéologique, indispensable pour comprendre la circulation monétaire et l’histoire de cette période charnière.















